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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 18:43
 EXIL FISCAL : UNE FILIÈRE EN DANGER, LE VAMPIRE DE ROPRAZ par L'écrivain Henri Lhéritier

Ce vampire doit avoir des dents dégoulinantes de sang, cracher des poils et des cheveux, brosser ses habits et remettre son zizi en place, lorsqu’il quitte les cimetières du canton vaudois. Sur les cadavres qu’il déterre, on découvre les pires mutilations mélangées à de la salive et du sperme, le type, au clair de lune, doit s’en donner à cœur joie, sa partenaire n’a plus mal à la tête. Il la baise sans se préoccuper de la faire jouir. À sa sortie, les feux follets lui font une haie d’honneur : chapeau l’artiste !
Dans le dernier domicile de sa victime, ou plutôt de sa post-victime, déterrée à Ropraz le 21 février, le tableau est le suivant : Poitrine cisaillée, seins découpés, mangés, mâchés, main séparée du corps, tête aussi. Le sexe a été découpé, prélevé, mastiqué, mangé, on en retrouvera des restes recrachés, poils pubiens et cartilage, dans la haie dite du Cochet, à deux cent mètres au-dessus de la forge. Il faudrait passer sous quinze autobus pour se retrouver dans cet état, encore que les autobus ne mangent pas les sexes. Le Vampire de Ropraz doit aimer la chair non fraîche et les jeux de patience car il ventile les morceaux, façon puzzle comme on dirait au cinéma.
La savoureuse jeune fille, Rosa Gillieron, 20 ans, enterrée la veille, avait été dégustée dans la nuit par un fin gourmet. Le reporter de cette scène est le dénommé Jacques Chessex, écrivain vaudois, qui ne fait pas dans la dentelle. Il ne s’en lèche pas les babines, mais c’est tout comme. Ah, il aime ça ! Ce genre d’horreur n’a pas l’air de lui défriser la moustache, au contraire. Il n’en rajoute pas mais n’exonère d’aucun détail, il a raison, la littérature n’est pas visions ou sons entendus, elle est mots qui n’édulcorent pas et rendent plus précise encore la perception des sens. Si elle n’est pas portée par la violence, la littérature n’existe pas.
D’ailleurs, on ne peut pas lui en vouloir à Jacques Chessex, il n’invente rien, il relate des événements ayant eu lieu dans le Haut-Jorat vaudois, en 1903.
Aussitôt, émois, suspicions, dénonciations de voisinage, rancœurs se libérant, manifestations violentes, telles ces « marches blanches » d’aujourd’hui, qui, sous prétexte de rendre hommage à des victimes, servent à exalter des haines, à les exacerber. Cet expressionnisme de la compassion porté par des foules, suralimenté par la férocité de chacun, réveillant l’instinct animal de hurler avec les loups, n’étant qu’un moyen de faire apparaître à la surface notre vieux fond de barbarie et nos envies de justice expéditive. Ces « marches blanches » sont en fait des marches rougies par nos désirs de sang.
D’autant qu’à Carrouge, le 14 avril de cette même année, on observe que des gamins sont en train de jouer au foot avec un étrange ballon, en s’approchant, on constate que c’est la tête de Nadine Jordan, morte très jeune de tuberculose, enterrée le 11 avril. Et cette fois on ne retrouve même pas le sexe.
Puis le 21 avril, à Ferlens, à l’est de Carrouge, rebelote, Justine Beaupierre, 23 ans, vient de mourir de phtisie, on découvre, le lendemain de son enterrement, des morceaux de son sexe dans des buissons à côté de sa tombe.
Mais au fond, existe-t-il une loi qui interdit de faire l’amour à des morts ? Tue-t-on des morts ? Pas de crime donc. Je pose la question, qu’on ne vienne pas m’agresser ! Un mort n’est plus vivant, un type qui bouffe des morts est-il un assassin ? Non n’est-ce pas ! Nous bouffons bien des animaux morts, alors hein ! Et après tout l’art de la médecine ne progresse-t-il pas grâce au dépeçage des cadavres ?
Il faut quand même, je le reconnais, laisser les morts reposer en paix. Il y a un trouble évident à l’ordre public des cimetières. S’il devait arriver qu’on me dépouille ainsi post-mortem, je ne voudrais pas que l’on touche à mes pieds, ils sont si sensibles.
L’enquête se fait tout azimuts, et les marginaux du coin, les ivrognes, les joueurs, ceux dont l’inconduite est notoire, les petits délinquants, sentent passer le vent du boulet. Le vampire de Ropraz choisit ses plats, son menu est constitué de jeunes femmes, il ne fait pas dans les vieilles mortes. Est-ce une piste ? L’affaire s’éternise, les peurs se répandent dans tout le canton, la montagne est gelée d’effroi. Et moi aussi !
Puis un jour, miracle, si j’ose dire, dans une étable on trouve un jeune homme, garçon de ferme un peu arriéré, tête fuyante, alcoolique, vicieux, taiseux, un nommé Charles-Augustin Favez, monté sur un tabouret, le pantalon baissé sur les bottes, en train d’enfiler en pleine nuit, une vache non consentante, enfin non consentante c’est moi qui le dis, peut-être l’était-elle (consentante). Voilà notre coupable, s’il se tape des vaches, il doit être capable de violer des mortes. Quel rapport pourrait-on se demander entre une vache vivante et une jeune femme morte ? Du point de vue de la chair, je veux dire.
Ces événements, l’enquête, l’attitude de Favez, son procès, constituent le déroulement du Vampire de Ropraz, appelé roman sur la couverture, mais qui est expressément la relation d’un fait divers authentique, 108 pages, quelques-unes assez violentes, on l’a vu, un regard cru sur un petit coin de montagne, en Suisse, c’est Chessex, je commence à le connaître, c’est du violent comme on dirait encore au cinéma. Chessex, parle de la Suisse des campagnes, mais ce n’est pas un écrivain de terroir, ou plutôt il est peut être la plus belle expression d’un écrivain de terroir, il aime et châtie.
C’est un bon livre pour quiconque est septique sur le repos éternel et n’a pas peur des vampires, c’est un moyen de couper l’appétit des exilés fiscaux qui feraient mieux de surveiller leur femme ou leurs filles, surtout si elles sont mortes d’ennui dans l’argent sauvegardé et enterrées là-bas, c’est aussi un plaidoyer utile à l’association des futurs incinérés : Suivez-nous, voyez à quoi vous échappez, paix à nos cendres.
En prime, Jacques Chessex, nous livre une conclusion, à sa manière, pas piquée des vers d’outre-tombe.
Bravo, Chessex !

Voir aussi:

Le tout meilleur de l'écrivain Henri Lhéritier:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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Published by L'archipel contre-attaque ! - dans ARTICLES Henri Lhéritier
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