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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 22:28
 Perpignan:Place du Puig, une tyrolienne pour désenclaver le quartier gitan! par Sébastien Navarro

Jeudi 25 juin 2015, place Rigaud. Il est un peu moins de 14 heures et j’ai une demi-heure à tuer avant mon rancart. Je m’enfile dans la rue Emile Zola. Dépassant la médiathèque, je reviens sur mes pas par la rue de l’Université. Je marche à l’ombre. Un jeune pilotant un scooter assourdissant fend l’asphalte. Il est bronzé et n’a pas de casque. Un affreux sentiment d’insécurité écrase mon thorax. Quelques respirations enseignées par ma coach en sophrologie suffisent à dissiper le malaise. J’aborde la zone gitane avec une sérénité recouvrée. Rue des Farines, l’immeuble effondré en début d’année dernière laisse une béance inquiétante. En amont, la rue est barrée car d’autres immeubles sont menacés dans leurs fondations. Je suis obligé de rebrousser chemin et de prendre une autre rue. Ce sera celle de l’Anguille. Des coqs chantonnent, des câbles électriques pendent dans les rues, des ordures s’entassent dans le renfoncement des fenêtres. Saint-Jacques : quartier le plus pauvre de France. Quand je pense que bientôt cette enclave de misère va sortir de son isolement, des filaments de félicité me parcourent le ventre.

Deux Gitanes sont assises sur le pas de leur porte, à l’abri du soleil. Elles ne me regardent pas. Moi non plus. Ou bien rapidement, du coin de l’œil. Bientôt, mes belles, nous siroterons ensemble une piña colada sur le quai Vauban. Arrivé place du Puig, un beau brun me hèle discrétos. Je crois qu’il s’agit de mon contact. Hélas, l’homme est représentant en psychotropes. Je décline ses offres alléchantes, ma drogue à moi c’est l’humanisme, la fraternité mondiale, une immense sardane de Seattle à Vladivostok. Rue Villon, une main se pose sur mon épaule. Je sursaute et me retourne : ils sont là. Jean-Paul, Gitan de père en fils depuis des siècles, et Hervé (1), chargé d’études à la DAU (Direction Aménagement et Urbanisme) de la mairie de Perpignan. On parcourt quelques mètres avant de rentrer dans un immeuble de deux étages. Je découvre un appartement coquet, propre et lumineux. Je rejoins Hervé sur le balcon. Son index est pointé sur la place du Puig : « C’est ici que sera implantée la plateforme de départ ». Je dégaine mon smartphone et fais quelques photos haute définition. Hervé me fait une rapide genèse du projet : « L’idée m’est venue alors que nous étions en pleins travaux de la passerelle. » Hervé fait référence à la nouvelle passerelle enjambant la Têt censée permettre aux déshérités du Vernet d’accéder en toute paix et simplicité au cœur historique de la cité. « Une ville moderne comme Perpignan ne peut pas se satisfaire d’un centre-ville aussi fragmenté, récite Hervé en croisant ses doigts fins et délicats. La misère, l’exclusion ne disparaîtront qu’en multipliant les flux. Flux de marchandises et flux humains. Avant d’être sédentaires, les Gitans de Perpignan étaient nomades. Ils avaient déjà tout compris : la vie, c’est le mouvement. »

Du bas de la rue remonte le cri d’enfants. Jean-Paul s’allume une cigarette et me fixe avec ses yeux noisette : « Le Puig, on l’oublie trop souvent, au départ c’est une colline. Or quel moyen de transport est le mieux adapté pour désenclaver ce type de relief ? Un métro ? Un tram ? Jamais la mairie n’investira des millions dans un tel projet. » D’où l’idée d’installer une tyrolienne. Le Gitan déplie un plan de Perpignan sur la table. Ahuri, je découvre le tracé de ce projet censé relier, en moins de 600 mètres de câble galvanisé, la place du Puig à la place de la Victoire. J’imagine la glissade « sur un dénivelé de 3% », le survol des toits de la ville, la caresse de la tramontane dans les cheveux. Les familles de Saint-Jacques en survol pour profiter d’une ballade le long de la Basse. Le peuple catalan enfin réuni. Après le Centre del Món, le Théâtre de l’Archipel, la passerelle sur la Têt : la Tyrolienne du Puig ! Hervé abat soudain sa main sur le plan de la ville et me confie : « Pour l’instant, le projet est en étude de faisabilité. Nous avons déjà établi une première fourchette de financement mais je n’ai pas le droit de communiquer là-dessus. La semaine prochaine, j’ai rendez-vous avec Kanner [ministre de la Ville, ndlr] pour lui présenter le projet et je suis optimiste quant à un engagement conséquent de l’Etat. » Ce qu’oublie de me préciser ce fonctionnaire territorial,

c’est qu’il est de notoriété publique qu’il est un intime de Daniel Zielinski, actuel dircab de Kanner et ancien dircab d’une certaine… Ségolène Neuville. Un homme politique ne survit que grâce à la rentabilité de ses réseaux. A l’échelle locale ou nationale, ce principe vaut viatique.

Je pose une dernière question à Jean-Paul : comment l’arrivée de la tyrolienne est-elle perçue dans la communauté gitane ? L’homme éteint sa cigarette dans un cendrier en terre cuite et me sourit : « Tu sais, les Gitans ont fait preuve durant leur longue histoire, d’une grande capacité d’adaptation quelle que soit leur terre d’accueil. Je connais les regards des Français avant de rentrer dans une boutique du centre-ville. Gitan égale voleur, c’est comme ça que vous nous voyez, vous les Payous. Ma conviction est que la tyrolienne, en réduisant les distances entre vous et nous, va rapprocher nos peuples. Dans l’immédiat, mon vrai problème, c’est que j’ai un peu le vertige et l’idée de me retrouver à dix mètres au-dessus du sol ne me rassure pas vraiment. » L’homme éclate de rire et je ne tarde pas à lui emboîter la glotte.

S’il y a bien une ville où la fraternité n’est pas un vain mot, ce n’est pas dans les nouvelles mairies de Madrid ou de Barcelone où la graine gauchiste promet des lunes à des peuples désabusés, mais bien ici, dans ce fief roussillonnais, où hommes politiques visionnaires et industriels philanthropes s’affairent les mains dans le cambouis social. Ailleurs le chant strident d’un coq retentit. Demain n’est plus une impasse.

(1) L’anonymat a été requis

Voir aussi:

Le Qatar sur les startings-blocks pour acheter le Canigou! par Sébastien Navarro

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/05/le-qatar-sur-les-startings-blocks-pour-acheter-le-canigou-par-sebastien-navarro.html

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Published by L'archipel contre-attaque ! - dans PARODIES ARTICLES Mondeparallèle
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