Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
  • Contact

Profil

  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!

Recherche

7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 15:12
OBSCURE CLARTÉ par l'écrivain Henri Lhéritier

Il pleuvait dru. Des gouttes virulentes tapaient contre les vitres de la porte-fenêtre.
À travers la buée nous regardions les géraniums en pot et la gamelle du chien flotter sur la nappe d’eau qui noyait la terrasse. Elle commençait à ressembler à une mangrove.
Ecoutez, me dit-il :
« Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux! »
Il ne décrivait pas sa terrasse, il faisait référence à un cimetière, à Sète, au sommet du Mont St. Clair, d’où vivants et morts aperçoivent comme un « toit tranquille », la mer qui « palpite entre les pins, entre les tombes ».
C’est une chose que j’admire ce « Cimetière marin », me dit-il, j’ai toujours été tenté d’apprendre par cœur les vingt quatre strophes de ce poème, mais qui écouterait aujourd’hui cent quarante quatre vers de Paul Valery, surtout lus par moi. D’ailleurs, Paul Valery ne revendiquait-il pas de pouvoir écrire « l’obscur », et dans nombre de ses textes il ne s’en est pas privé. Hé bien !, voyez-vous, je crois que l’espace naturel de l’écrivain est l’ellipse, le difficile, le voilé et même le tu, mais jamais l’obscur.
Un texte est un iceberg, la partie supérieure est parfaitement visible, l’inférieure immense et insondable. Dessus, une glace crevassée et bleue sculptée par le vent et l’océan est le domaine de l’écrivain, dessous c’est celui du lecteur. Faire de l’obscur un attribut de la littérature est un jeu, un rébus, une sorte de sudoku, ce n’est pas écrire, car écrire ne consiste pas à dire l’obscur ou la clarté, mais seulement à diffuser une lumière à laquelle est naturellement attachée son ombre. L’écrit fait exister le non écrit.
Vous ne faites pas un peu d’obscur, là ? lui dis-je.
Non, d’ailleurs tout ce que l’on peut énoncer au sujet de la littérature, tout attribut que l’on veut lui coller, policière, d’aventure, érotique, sentimentale ou je ne sais quoi me paraît être comme une étiquette sur un aliment désossé ou pré mâché, présenté sous cellophane. La littérature n’est rien de cela et tout cela à la fois. Lire ce n’est pas contempler un glaçon dans un verre, c’est se confronter à un iceberg. Il me jetait des définitions à la figure, qu’il me restait à digérer.
Pendant ce temps, la gamelle du chien était en train d’obstruer l’évacuation de la piscine et l’eau commençait à devenir menaçante.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

Partager cet article

Repost0

commentaires