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L'archipel Contre-Attaque

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 14:48
 UN LLUIS LLACH DANS LE MOTEUR par l'écrivain Henri Lhéritier

J’écoutais alors un lecteur automobile - un lecteur automobile n’est pas un type qui s’est introduit dans une Renault Scénic pour ouvrir un livre, ce n’est pas non plus un appareil audio monté sur pneumatiques, c’est un instrument, installé dans un véhicule à moteur, qui permet d’écouter des CD, dans le but de couvrir les vociférations des automobilistes qui vous suivent en se collant à vous ou qui, aux feux rouges, grimaçant derrière leur vitre, vous traitent de tous les noms et notamment de sale con – j’écoutais donc un détestable enregistrement des Beatles, ou plutôt une démolition de leurs enregistrements d’origine par de sirupeux arrangeurs ayant cru bien faire en gommant toute la partie rock de leur œuvre, dans l’intention assassine de faire mieux ressortir la partie guimauve (qui est hélas déjà présente, à l’état naturel, dans leur musique, mais qu’ils parviennent, lorsqu’on ne les trahit pas, à tenir plus ou moins en respect), ainsi avais-je le sentiment de déguster un baba au rhum sans rhum, un Sauternes saturé de sucre, d’écouter une 9ème symphonie sans chœur, sur des arrangements d’André Rieu, ou simplement de voir courir Balladur en nuisette transparente dans les couloirs d’un hôtel de passe (oui, que l’on ne me demande pas pourquoi, c’est comme ça !).
Je décidai soudain d’extraire ces Beatles-là de mon lecteur de peur qu’ils ne le transforment en chamallow ou en jaune sous-marin, et après les avoir jetés, sans tri préalable, pas loin de chez moi, sur les quais de l’Agly, en face de St. Martin, dans un conteneur à bouteilles vides dont je suis le fournisseur principal, je me mis à fourrager dans la boite à gants où on ne place plus de gants mais des tests pour mesurer des taux insuffisants d’alcoolémie, ainsi que des préservatifs, XXL et parfum jasmin, pour relations furtives mais néanmoins protégées et, en ce qui me concerne, un colt rutilant, de six ou huit coups, peut-être plus, qui ne me quitte jamais, persuadé que je rencontrerai un jour Céline Dion, en provenance du Canada ou du Japon (ils la relâcheront sans doute bientôt), et que la menaçant de mon flingue je lui ferai enfin rendre gorge des paroles de ses chansons que je ne connais pas mais que j’estime a priori vomitoires, et cesser le bruit infernal qu’elle émet en ouvrant la bouche et qui saccage mes oreilles, un point c’est tout !
De cette fouille, surgit alors un aigle noir, non pas du tout, qu’est-ce que je raconte, un prince blanc je veux dire, au nom chuintant comme un filet de source sous la mousse : Lluis Llach. Ce Llach-là apparut donc entre les Vêpres à la vierge du rocker Monteverdi et le Blue Suede shoes de l’excellent compositeur baroque Elvis Presley, morts tous deux d’intempérance et jetés, à l’époque, dans le Mississipi, du côté de Memphis, et du haut d’un pont, fleurs, cadillacs, couronnes, costume blanc à grelots, guitares, cuivres et violes de gambe y compris, à destination de l’alimentation des crevettes américaines du golfe du Mexique qui en sont mortes et des requins de la finance qui ne cessent, quant à eux, de prospérer, et je l’introduisis (sans préparation), (Lluis Llach donc), dans le dit lecteur.
Lluis Llach m’a réconcilié avec la musique autotractée, voilà au fond ce que voulais dire. Était-ce la peine d’en faire tant ?
Fringant, tout de liberté revêtu, chantant devant une foule énorme et enthousiaste, en 1976, la restauration de son pays, la fin de son étouffement et la délivrance d’un peuple, après la disparition de l’ombre ténébreuse que l’Espagne porta trop longtemps dans les plis de son histoire, Lluis Llach est alors sorti du corps exultant de ma Scénic diesel dont le bruit du moteur est devenu soudain plus harmonieux.
Est-ce l’enregistrement public et la liesse d’un printemps renaissant sur un interminable hiver qui donne à ses mélodies ne cassant pas trois pattes à un canard, ce souffle de vérité musicale et communique en même temps à des paroles, ce quelque chose qui vivifie et gonfle la poitrine d’émotion ? C’est possible.
Mais je déclare aussitôt que cette musique de variété m’intéresse, et de la même façon qu’après avoir rompu les ponts avec Alain Minc, j’ai cessé tout commerce avec lui, ce qui n’a rien à voir, mais que j’ai envie de laisser dans ce fourre-tout, celle-ci ne quittera plus mon lecteur, car il y a une autre cause à cette vibration qui me trouble, elle provient du fait que Lluis Llach fait partie de mon pays, parle ma langue, admire les mêmes horizons que moi, ressemble à mes paysages, dialogue avec ma famille et avec mes morts et nul ne peut exprimer mieux que lui cette communion. Lluis Llach est mon pays, comme lui, il est plein de fleuves, de mer, de collines, de montagnes et de visages aimés.
Pour proclamer que j’ai mis Llach dans mon moteur, il n’était peut-être pas nécessaire d’écrire cette tirade surréaliste, sans rime ni raison, sans queue ni tête, ni foie, ni rate, ni couilles, mais je suis comme ça, je n’y peux rien et me contentant de faire bouger mon pieu d’avant en arrière (attention, je parle d’une estaca, hein !), je n’ai aucune intention de me changer pour m’améliorer, de peur de faire plus mal encore.
Mieux que je n’en parle, son œuvre parle pour lui, parle de lui, parle de nous et célèbre la Catalogne. Écoutons-le.
Et maintenant, je range la voiture dans le garage et je vais écouter Bashung, honni soit qui mal y pense.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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Published by L'archipel contre-attaque ! - dans Henri Lhéritier chroniques ARTICLES
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