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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 20:42
 L'ORGASME (Suite) (Après Athéna, voici qu'ils s'en prennent au printemps) par L'écrivain Henri Lhéritier

Bon, nous Français, avons une guerre sur le dos, les états d’âme des femmes, leur besoin de tendresse, on n’en a rien à faire, on vous fera signe lorsque le moment nous conviendra, pour l’instant, masculins jusqu’à la pointe de nos fusils, on défonce et on explose. Et moi, embarqué dans ces commentaires sur la Grande guerre, ces histoires d’orgasmes réussis ou médiocres, ou avortés, ne sont pas mon affaire, pas plus que ces rondeurs de déesse devinées. D’ailleurs je ne jouis pas grâce aux femmes, mais grâce à l’écriture. Actuellement j’ai l’âme d’un canon, le sentiment et la tendresse ne sont pas faits du même bronze.
En ce début d’année 1916, on a coupé la chique au printemps, il débarquait avec son grand sourire aérien, on sentait ses prémices à cause d’une certaine lumière, de sonorités presque ludiques, d’un attendrissement de la brise, du besoin qu’on avait de souffler, mais il n’était pas attendu, pas du tout. Ce n’est pas le moment, on a autre chose à faire qu’à entendre le gazouillis des rossignols, qu’à regarder la gamme des verts se défroisser, qu’examiner la promesse des fleurs.
Les hommes sont des monstres, se dit le printemps au sein du vacarme qui était en train de se lever en bousculant ses nuages, rien, ils ne me laisseront rien de vivant que je puisse faire renaître après l’hiver, pour que resplendisse l’été, arbres brisés, feuilles déchiquetées, ruisseaux souillés, reproduction animale impossible, ils sont acharnés à leur propre perte, ce sont des minables, allez, qu’ils crèvent, je me barre ! Je ne reviendrai pas, ils peuvent m’attendre. je vais quitter ces pays civilisés pour longtemps, je pars avec les papillons et les libellules, j’emmène avec moi les alouettes, les écureuils et tous les coquelicots, je les dérange, eh bien ! ils ne me reverront pas de sitôt, un hiver rigoureux va s’étendre ici, je le leur promets, pour au moins cinquante ans, un siècle même, ce qu’ils sont en train de faire mérite une punition séculaire, ah ! ils veulent jouer au plus fort, ils vont voir !
Alors il s’en est allé leur laissant la pluie et la boue. Bien fait pour eux.
Débarrassés du printemps, ils s’en donnèrent à cœur joie, la musique infernale battant son plein, l’artillerie faisant trembler le sol sous les pieds, rougir le ciel, l’obscurcissant de rideaux de terre et de fumée, crevassant le sol, explosant les hommes, recouvrant leur chair, leur esprit et jusqu’à leur âme.
Le 21 février 1916, au matin, plus de mille canons tirent en même temps, à l’unisson, c’est le chœur d’un Alléluia monstrueux entonné dans les modulations musicales des calibres, pas une seconde de décalage, la soupe des hommes peut arriver en retard, pas les bombes. Deux millions d’obus en deux jours sur un territoire de quelques kilomètres carrés, Verdun et ses environs, Verdun dont on dit que c'est la porte de la France. Les Allemands voudraient bien ouvrir, à nouveau, ce chemin historique d’invasion. Depuis que les Français font les mariols en exhibant leurs atouts, c’est par là qu’on passe pour leur flanquer des tripotées. Est-ce bien raisonnable tout cet acier éparpillé, elles finiront par tuer des morts ces bombes, elles péteront dans un désert. En théorie, on aurait dû débarrasser ce secteur de toute végétation, de toute présence animale ou humaine, le printemps s’en lavait les mains, or il reste encore des choses dessous, il faut continuer.
En quelques heures, un immonde magma a remplacé la terre où rampent les hommes, où on mange de la boue, où on en tripote, on en chie, on en rejette, boue et merde assemblées, en une matière puante et jaunâtre, où nuit et jour, nez et bouche collés au sol, sous les balles et les bombes, on peut mettre la main sur une chevelure raide, une bite inerte ou une cervelle visqueuse, où on se rend compte que la chair d’un Allemand est aussi putride que celle d’un Français.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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Published by L'archipel contre-attaque ! - dans Henri Lhéritier ARTICLES
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