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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 19:56


 

9 / L'innovation contre l'invention

Non contents d’accuser la science occidentale d’avoir été dénaturée par les Lumières, les agents du postmodernisme l’accusent également d’être colonialiste, raciste et sexiste. Intrinsèquement mauvaise, elle est tenue pour responsable de l’ordre social actuel, de ses divisions comme de ses modes de domination.

Après avoir conditionné les post-citoyens à considérer la culture comme un luxe inutile, les agents du postmodernisme veulent maintenant leur imposer de vivre dans un monde où l’expérimentation et la raison n’auront plus cours ; un monde où les conquêtes de la science seront ravalées au rang du récit et du mythe.

Voici une position qui doit réjouir les détenteurs du pouvoir : pouvoir dont ils pourront se réserver l’usage, la maîtrise et le monopole. Ils peuvent être reconnaissants à leurs agents très spéciaux lorsque ceux-ci proclament que « la science est un système qui, en lui-même, légitime l’autorité des chefs, et que tout défi à cette autorité doit se comprendre comme un défi à la rationalité ».

Ainsi est retournée la position critique qui autrefois associait l’éducation et l’émancipation. Un tel renversement n’est pas sans rappeler le penchant commun de toutes les religions à prêcher l’ignorance comme unique « salvation » des populations indisciplinées : l’encadrement psychique des contre-révolutions… Avec de tels axiomes, si subtilement formatés, le postmodernisme pourra parfaitement faire entrer Dieu dans l’ordre du connaissable.

Au terme d’une telle campagne, la société du chaos se précise chaque jour davantage : c’est un monde où l’hypertechnologie peut cohabiter sans conflit durable avec l’intégrisme et l’obscurantisme.

Dans le monde sans valeurs de l’hypercapitalisme, sinon celles de la domination et de l’enrichissement personnel, la recherche n’a pas échappé aux conséquences d’une conception aussi cynique du destin de l’humanité.

Elle est dorénavant réduite à la seule innovation et s’affiche l’ennemie de tous les rêves et désirs qui mènent à l’invention.

Ce qui peut encore être découvert de manière toujours partiale et partielle sera subordonné aux seuls critères de l’innovation, tels que les ont définis les « élites de la spéculation ».

Pourquoi des spéculateurs qui peuvent s’enrichir en quelques nanosecondes sur les marchés boursiers du monde entier, s’engageraient-ils à financer une recherche et des chercheurs dont les résultats sont incertains et où le hasard a parfois le dernier mot ? Ils les préfèrent à leur service pour concevoir les algorithmes boursiers les plus innovants, et non au service d’une science utile au bien commun.

Il en va de même des experts que l’hypercapitalisme a détachés au contrôle de la recherche. Ils récuseront les déclarations de principe des chercheurs qui soutiennent que le but de la recherche est dans la recherche elle-même. Et que la découverte est souvent la conséquence inattendue d’une expérience qui semblait voué à l’échec avant qu’une bifurcation soudaine ouvre sur de nouveaux horizons.

L’innovation est une nouveauté à qui l’on demande de reproduire avec d’infimes variations un univers déjà connu.

Pour être rentable, l’innovation ne doit perturber ni le spéculateur, ni le consommateur ; elle doit s’inscrire dans un espace où toute incertitude a fait place au familier, au connu, à la mise à jour, à l’éternelle faculté d’obsolescence.

Toute mise à jour innovante n’existe que par son effet d’annonce. Chaque jour, l’innovation révolutionne un monde qui demeure inchangé : le flux constant de l’innovation le conserve identique à lui-même, tout en affirmant médiatiquement le contraire, tout en le dégradant.

Les post-citoyens ne sauront jamais que toute innovation n’est au final que la copie d’une copie, dont la dégradation technique et humaine contient juste ce qu’il faut de différence pour qu’il leur soit impossible de remarquer tout ce qu’ils ont perdu d’essentiel, à chaque nouvelle mise à jour.

Le monde de l’hypercapitalisme n’admet de changements que ceux qui sont utiles au maintien de son apparence et de sa domination. Il sera donc hostile à toute transformation soudaine et non-programmée qui viendrait mettre en danger les lois qui lui donnent sa légitimité, celles du Marché. Ce sont ces lois qui déterminent ce qu’il faut chercher, ce qu’il est bon d’avoir découvert, quel type d’innovation sera immédiatement rentable.

C’est ainsi que fonctionne le modèle économique de l’informatique, des médias, des médicaments et plus généralement de toute la production marchande. La réduction de l’espérance de vie de toutes les marchandises produites est la première victoire de l’hypercapitalisme. Il n’en restera pas là. Pour répondre aux exigences du Marché, à la manière d’un « cheval de Troie », l’obsolescence programmée sera appliquée aux services publics et à l’ensemble des prolétaires inemployables.

Comme la démocratie, la science expérimentale a fait son temps sur terre.

En des temps plus instruits, l’art et la recherche devaient leur survie, puis une partie de leur développement, à leur indépendance et coexistaient difficilement avec l’autorité.

Lorsqu’un dirigeant chinois s’engage à financer massivement l’intelligence artificielle, il ne se comporte pas autrement qu’un dirigeant des GAFA. Tous deux pensent que l’immortalité leur est due et, qu’à ce titre, elle justifie l’accroissement des budgets d’une recherche si innovante. Tous deux savent que le monde, qu’ils détruisent inexorablement et qu’ils ne pourront jamais sauver, n’est plus vivable. Mais ils espèrent encore pouvoir y échapper, grâce à leurs ingénieurs.

Cette misérable fiction d’une évasion possible se remarque dans le bien étrange renouveau d’une conquête spatiale devenue extérieure à toute démarche strictement scientifique : elle n’est plus pensée pour élargir l’univers connu à tous êtres humains, mais pour permettre à quelques privilégiés de s’enfuir.

« Après moi le déluge ! » La célèbre formule, qui unit le sort du dirigeant chinois à celui des GAFA, résume assez bien leur commune conception du futur. Elle témoigne surtout du vide saisissant de leur pensée, et de leur incapacité à répondre stratégiquement aux contradictions et aux défis de la nouvelle époque.

L’innovation parle la langue de l’hypercapitalisme, et l’hypercapitalisme veut contrôler le futur, pas l’inventer.

Les autres épisodes ici:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/
 

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