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L'archipel Contre-Attaque

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:11
Perpignan / L Aliot nouveau maire: le nommé centre d'art Walter Benjamin ! par Nicolas Caudeville et Jordi Vidal

Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.

Douglas MacArthur

L'élection du RN sans étiquette Louis Aliot à la mairie de Perpignan
dimanche dernier génère encore des répliques : dès avant, dès le
début, et peut être même jusqu'à la fin, on lui a supposé, on lui
suppose, on lui supposera des intentions maléfiques (jamais
dédiabolisé) pour tout et spécifiquement pour la culture. Peu de gens
se sont manifestés lorsque le maire républicain Jean-Marc Pujol a fait
fermer l'école des beaux-arts qui avait prés de 100 ans
http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/08/perpignan-si-le-fn-voulait-fermer-l-ecole-des-beaux-arts-vous-auriez-hurle-par-nicolas-caudeville.html.
Silencieux encore lorsque le même Jean-Marc Pujol fit fermer le centre
d'art Walter Benjamin créé par Jordi Vidal alors directeur de la
culture de la ville de Perpignan (centre inaugurée le 12 octobre 2013
voir vidéo plus bas). Et Aliot maire veut rouvrir l'école des beaux
arts et le centre Walter Benjamin. De beaux esprits vivant loin dans
les Albéres à 2 pas du chemin où Walter est mort, se sont émus qu'un
maire issu de Satan, puisse rouvrir ce lieu dont il semble que ces
personnes soient les ayants droit du philosophe avec exclusive, et
qu'ils s'arrogent le droit de distribuer dignités et les indignités
quant au droit de passage sur les chemins de Walter Benjamin. Le tout
s'est coagulé dans une pétition reprise par Médiapart, et à laquelle
se sont ajoutées des indignations d'intellectuels parisiens
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030720/si-l-ennemi-triomphe-meme-les-morts-ne-seront-pas-en-surete

«Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté…»
Rien que ça, parce que Louis Aliot Satan l'habite!
Avant de s'emballer sur la légitimité ou pas de ré-ouvrir le centre
d'art (parce que :"« Il est urgent d’arracher le nom de Walter
Benjamin – pour le mettre en sûreté – des mains de l’extrême droite et
de tous ceux qui réécrivent l’histoire »), il faut revenir aux
origines du centre et à la pensée stratégique de son créateur qui a
prévalu pour son érection...un texte

 
 

 

de la survie des beaux-arts au centre d’art contemporain Walter benjamin

Par Jordi vidal

Il m’a toujours semblé, pour répondre à une offensive ennemie, que la meilleure des stratégies ne découlait pas seulement de l’analyse des positions, des forces en présence et de l’action prévisible qui en découlait, mais dépendait, aussi, d’une prise en compte d’éléments extérieurs, même si ces éléments pouvaient sembler irrationnels et sans lien direct avec les conditions réelles du conflit. C’est en ne réduisant pas l’offensive aux seules conditions qui nous sont imposées (ou que nous nous imposons sans en avoir conscience), que nous pouvons, sinon l’éviter, du moins la contourner. Dans tout conflit, il faut refuser que la riposte soit circonscrite aux positions respectives des adversaires ; s’imposer de telles limites équivaut à se placer soi-même en situation d’échec. La riposte doit contenir une proposition, une zone de repli, une feinte, un leurre, un contournement qui échappe aux conditions initiales du conflit.  

Perpignan 2010 à 2014

En 2010, l’école d’art de Perpignan, la heart survivait avec son second cycle : une vingtaine d’étudiants sur deux ans ; s’en tenir à ce constat pour déterminer les conditions de l’affrontement futur, c’était légitimer une décision déjà prise par la Ville et la drac (Direction Régionale des Affaires culturelles: la fermeture de l’école. Il s’agissait bien moins de réfuter une telle l’hypothèse, que de l’ignorer. Comment aurions-nous pu nous soumettre à une telle décision, puisque pour nous, selon notre conception tactique, elle n’avait même pas été envisagée ? Notre riposte devait donc être dirigée vers l’extérieur et non vers l’intérieur : le théâtre des opérations devait quitter Perpignan, du moins pour un temps. Il me fallait impérativement obtenir le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication à Paris ; Ministère que je n’ai jamais confondu avec la drac. Un effet pervers de la décentralisation a été de « délocaliser » en strates régionales innombrables les attributs du pouvoir parisien, et bien plus les incompétences que les moyens financiers. Si certains conseillers de la drac Languedoc-Roussillon sont remarquables — je songe ici à Florence Caudrelier et Jean-Pierre Bezombes — rien ne nous dit qu’il en sera de même de leurs successeurs, ni même qu’ils auront des successeurs. À la culture comme ailleurs, il n’existe plus de continuité du service public. Lorsque l’ancien conseiller aux arts plastiques (en charge des écoles d’art), Jean-Christophe Royoux, a quitté le Languedoc-Roussillon pour la région Centre, si Catherine Dumon lui a succédé après avoir été sous ses ordres, est-ce sa faute à elle ? N’est-ce pas plutôt celle d’un système ? Le relevé de sa subordination à la seule sphère d’influence montpelliéraine reflète, celui bien plus tragique, de son Ministère de tutelle aux seules normes du Marché.

Pour impliquer plus directement le Ministère au sein de la heart, pour qu’il ne puisse rien ignorer des conditions qui nous sont faites, je décide de répondre à son appel à candidatures pour des projets de recherche. Celui que je rédige met en perspective le cern de Genève (boson de Higgs), Gabriele Veneziano (théorie des cordes), l’artiste contemporain Gianni Motti, les philosophes Walter Benjamin et Søren Kierkegaard, la critique de l’expertise et la pataphysique. (1) Pour l’année 2011, sur les cinquante huit écoles supérieures d’art françaises, quatre projets sont retenus, dont le mien que la heart va pouvoir développer sur trois ans.

–––––––––––––––––––––––––

(1) Mon projet s’intitule : « étant donnés... le temps, l’histoire et la mémoire, la physique des particules, les flux informatifs, les images dialectiques... » Il porte comme sous-titre : « Mise en place d’un dispositif expérimental basé sur le hors-champ (relevant du style documentaire), l’aléatoire (relevant de l’imaginaire poétique), l’expérimentation (relevant de l’art), la mise en perspective critique et théorique (relevant d’une approche transversale de la recherche, au sens très précis de la bibliothèque de Aby Warburg) ».  Titre et sous titre sont complétés par cette énumération : « Soit l’écrivain Thomas Pynchon qui se cache, comme le boson de Higgs. Soit le physicien Ettore Majorana qui a disparu, comme le peuvent certaines particules dans la théorie des cordes. Soit le retour attendu du docteur Faustroll. »

Fin octobre 2013, je rédige et adresse au Ministère mon rapport final. Il est intitulé : « Campagne de 2011 à 2013 (de la heart à la Direction de la Culture de Perpignan) ». On peut y lire : Le compte rendu final sur un projet de recherche peut prendre des formes diverses : lénifiantes, attendues ou surprenantes. Il arrive, le plus souvent, que la conclusion soit dans la simple continuité de l’énoncé du projet ; il arrive quelquefois que des résultats singuliers et imprévus soient atteints ; il arrive, bien plus rarement, qu’un projet de recherche change radicalement les conditions de vie de ses participants et en vienne à modifier les conditions existantes dans lesquelles s’est développé ce projet. On peut dire du projet de recherche Étant donnés… qu’il a changé la heart et qu’il commence à modifier la ville même de Perpignan.

À partir d’une situation de repli et d’une école d’art que la plupart des observateurs considéraient déjà comme « un cadavre » (conséquence d’une logique économique dont nous pouvons tous mesurer les effets dévastateurs), nous sommes parvenus à sauver une nouvelle fois l’école et à mener une contre-offensive qui commence à modifier le rapport de l’art et de la culture à Perpignan.

« Nous n’avions en notre faveur aucun avantage stratégique, sinon un nouvel état d’esprit qui s’est développé par la suite de manière tactique. En bref, nous n’avions plus rien à perdre et nous n’avions plus peur. Carl Von Clausewitz note : « Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s’y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l’incertitude. Les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l’action flottent dans le brouillard d’une incertitude plus ou moins épaisse. C’est donc dans ce domaine plus qu’en tout autre qu’une intelligence fine et pénétrante est requise, pour discerner la vérité à la seule mesure de son jugement. »

Il s’agissait donc, de manière collective et volontariste, de faire un pari positif sur l’avenir, au moment même où tous les instruments de communication nous certifiaient que demain serait pire qu’aujourd’hui. Pour moi, si un autre monde est possible, c’est en s’opposant à deux types d’idéologies : celle qui ne pense qu’au seul profit issu de la spéculation financière, et celle des idéologues de la décroissance qui valide la victoire de l’hypercapitalisme en organisant le renoncement à toute richesse, serait-elle une richesse non-marchande. Il m’a toujours semblé que la production de biens, de services, d’habitats devait s’accompagner d’un supplément d’art et d’une nouvelle formulation de la dépense somptuaire : un au-delà du seul profit au nom d’une création artistique appliquée à tous les domaines de la vie quotidienne, aujourd’hui colonisée par les marchandises et les dispositifs médiatiques et politiques de déréalisation.

Avec Étant donnés… nous avions fait le pari de l’incertitude, de l’entropie, de la physique quantique, de la pataphysique et de la critique acerbe de l’expertise. Nous entendions redéfinir les termes de la recherche appliqués aux écoles d’art, dans ce qui rattache celles-ci à l’enseignement supérieur. Ceci explique en partie le croisement improbable, mais riche de sens, de Gianni Motti et de la théorie des cordes ; de Thomas Pynchon et Walter Benjamin ; de Ettore Majorana et Aby Warburg.

Quand le projet de recherche fut rédigé, l’école de Perpignan était menacée une nouvelle fois. Il nous fallait donc réagir très vite. Nous l’avons fait en organisant notre contre-attaque sur deux fronts. D’abord, en rédigeant avec l’Université de Perpignan, en la personne de Francesca Caruana, un projet de Master conjoint qui devait répondre aux singuliers critères de l’aeres ; ensuite, en envoyant au Ministère de la Culture et de la Communication le projet de recherche Étant donnés… qui, de manière très contradictoire et dialectique, était pensé comme une critique de la doxa de l’aeres ; tout en conservant une vraie cohérence, une rigueur et un système référentiel, il répondait bien moins aux directives de l’Université issue des accords de Bologne, qu’aux attentes et aux aspirations de l’enseignement artistique expérimental dans les écoles supérieures d’art.

Avec notre vingtaine d’étudiants, selon l’expression consacrée, la messe semblait dite. Nous avons reçu, à l’inverse de tous les mauvais pronostics, une notation A par l’aeres : nous sommes parvenus à convaincre les experts de l’agence, que le rond que nous leur montrions était bien le carré qu’ils attendaient et croyaient voir. (1)

Le premier résultat de la validation par l’aeres — sur laquelle nous avons massivement communiqué — a été de négocier auprès de la municipalité le retour d’une première année. Nous l’avons obtenu. Placer son pied pour empêcher la porte de se refermer est un exercice dont il convient de savoir mesurer la portée… Par la suite, pour obtenir l’accord du Maire sur le retour d’une seconde année, nous nous sommes engagés à sortir l’école de ses murs et à développer sur toute la Ville des actions artistiques et culturelles à « forte résonance médiatique » (2)

–––––––––––––––––––––––––

(1) Malheureusement, parce que la puissance bureaucratique se renouvelle sans cesse quelles que soient les circonstances, le cneser (Conseil National de l’Enseignement Supérieur Et de la Recherche) refusera la mise en œuvre de notre master conjoint, au motif qu’un master universitaire n’est pas comparable à un diplôme au grade de master. Cette argutie juridique spécieuse et corporatiste nous empêchera de mettre en pratique cette validation : ce ne serait plus le cas aujourd’hui. Comme quoi, là comme ailleurs, dans nos sociétés frileuses et sans imagination, c’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt. Yourcenar

(2) Nous avons organisé une série d’expositions de grande ampleur : À la recherche de l’Anti-Motti (sur deux cent cinquante mètres carrés au sein du Musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud), Principes d’incertitude (sur mille cinq cents mètres carrés au Couvent des Minimes), Un monde invérifiable (sur mille cinq cents mètres carrés, toujours au Couvent des Minimes), Entropia1 métamorphose(s) (sur deux mille trois cents mètres carrés entre le Couvent des Minimes et le nouveau Centre d’art contemporain Walter Benjamin). Nous prévoyons début 2014 une exposition Walter Benjamin : l’Ange de l’histoire qui se déroulera au Centre d’art contemporain Walter Benjamin.

Il était convenu qu’à Perpignan l’art contemporain n’aurait jamais de public. Nous avons contredit cette contre-vérité. Nos vernissages ont atteint les mille visiteurs et toujours dépassé les cinq cents. Ce qui ne s’était jamais vu à Perpignan en dehors du festival de photojournalisme Visa pour l’image.

Si le projet de recherche Étant donnés… était parvenu à quitter les limites de l’école pour se répandre sur la Ville et rencontrait un vrai succès public, il nous semblait que nous pouvions espérer, en retour, que la heart recouvre les cinq années de son cursus. C’est dans ce contexte de reconquête d’un territoire perdu que Maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, m’a contacté en juin 2012 pour me proposer la Direction de la Culture de la Ville. Je lui ai répondu que je souhaitais, avant de prendre ma décision, rédiger un projet personnel, et qu’il le valide. Ce projet s’organisait autour d’une mise en avant des arts plastiques et d’un redéploiement des compagnies de spectacle vivant installées tout aussi bien en ville que dans le département. Je proposais, par ailleurs, de transformer les huit cents mètres carrés du bâtiment annexe de la heart en un Centre d’art contemporain rattaché à l’école par un système de conventionnement : la municipalité avait prévu de vendre le bâtiment pour y installer des commerces. Par la suite, j’ai proposé que ce Centre d’art contemporain soit dédié à Walter Benjamin. J’expliquais dans mon projet, qu’à partir du redéploiement de l’art et de la culture dans un centre-ville totalement déshérité il était possible de développer, d’un point de vue psychogéographique, de nouvelles unités d’ambiance urbaines qui en modifieraient la sociologie. Le Maire a ratifié mon projet.

Lors d’une entrevue avec le Maire, j’ai insisté sur la nécessité de conforter l’école par le retour d’une troisième année : un premier cycle enfin complet. Le Maire a accepté ma proposition en souhaitant que l’école se limite à ce premier cycle. J’ai pensé qu’en cet instant il était inutile de poursuivre un combat pour le second cycle ; je considérais, qu’adossé à l’école d’art, le développement du Centre d’art contemporain favoriserait rapidement son retour. C’est ce qui s’est passé, encore plus vite que je ne l’imaginais, puisque moins d’un an s’est écoulé entre la décision de créer le Centre d’art contemporain Walter Benjamin et son inauguration le 12 octobre 2013 ; à cette date, la heart de Perpignan venait d’intégrer une quatrième année.

Lors d’une installation de l’école d’art au Muséum d’histoire naturelle, une vidéo montrait un étudiant jetant des bouteilles vides contre un mur où elles se fracassaient. Selon la physique quantique, rien n’empêche que l’une de ces bouteilles ne passe à travers le mur. C’est ce que nous avons fait à Perpignan. Nous sommes passés de l’autre côté.

J’espère avoir démontré par un exemple local, un peu à la manière de Paul‑Louis Courier s’adressant aux puissants depuis sa campagne, qu’il était possible d’obtenir certains résultats, en introduisant dans nos pratiques artistiques et culturelles un peu de stratégie et de culture historique.

Je conclurai ce rapport avec une nouvelle citation de Clausewitz : « C’est certainement un des principes les plus importants et les plus efficaces de la stratégie que de mettre séance tenante à profit un succès de quelque manière qu’on l’ait conquis, autant que les circonstances le permettent, car tous les efforts que l’on fait pendant que l’adversaire est dans cette crise, sont d’une efficacité bien plus grande que dans la suite. » Je pense que la définition de la recherche au sein des écoles supérieures d’art, dans ses rapports contradictoires avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, devrait s’en inspirer. 

Je me trouve dans le bureau de Michel Sitja, directeur de cabinet du Maire. Il aime jouer au chat et à la souris. En souriant, il me déclare : « Walter Benjamin, ce n’est pas bon comme nom pour un Centre d’art contemporain, ce n’est pas bon pour Perpignan. Qu’est-ce qu’il a fait, Walter Benjamin, pour Perpignan, pour le département, à part y mourir ? On aurait dû choisir quelqu’un d’autre, par exemple Pierre Restany. Quelqu’un d’ici, quelqu’un d’important dans l’histoire de l’art. » (Restany, le « théoricien » des « Nouveaux réalistes » est d’Amélie les bains, comme Sitja.) Je réponds : « Benjamin n’a rien fait de spécial pour Perpignan, au sens où tu l’entends, mais il a beaucoup fait pour l’humanité dans son ensemble, et donc aussi pour Perpignan. Nous lui devons de comprendre un peu mieux le XXe siècle. Mais c’est vrai qu’à Perpignan donner le nom de Walter Benjamin à un Centre d’art contemporain suppose de sortir la Ville de la pesanteur du localisme et de la tourner pour une fois vers l’universel. »

Jusqu’au bout la menace va peser sur la présence du nom de Walter Benjamin sur le fronton du Centre d’art. Tous les moyens sont bons pour l’empêcher : on invoque des ayants droits éventuels ; on alerte les services juridiques pour trouver la faille. Quelques heures avant le passage de la délibération au conseil municipal, je ne sais toujours pas si celle-ci ne sera pas retirée de l’ordre du jour, au dernier moment.

 

Lorsque Jean-Marc Pujol, le Maire de Perpignan m’a proposé de prendre en charge la Direction de la culture il m’a rappelé que j’étais parvenu à le convaincre, dans un climat toujours hostile à l’école d’art, du retour d’une seconde année, contre l’avis de son Directeur de cabinet Michel Sitja et d’un grand nombre d’élus. Il m’explique qu’il m’a trouvé convaincant. Il me parle de son grand-père qui se fiait à ses premières impressions pour juger un homme. Je sais qu’il prépare sa future élection. Il n’a pas été élu Maire, il a succédé à Jean-Paul Alduy qui a démissionné pour prendre la présidence de la Communauté d’agglomération.

Pujol est marqué à droite ; son image se confond avec les associations de Pieds-Noirs. Je représente pour lui la carte d’une ouverture calculée, qu’il envisage sans trop de risques. La liberté qu’il pourra m’octroyer sera compensée par un gain potentiel d’image. A ce moment, il est encore inconnu de la plupart des Perpignanais. Il développera pendant toute la campagne électorale des municipales de 2014 une stratégie de visibilité et de prise de parole systématique. Il sera le seul à parler au nom de la ville, pour que le nom de la ville se confonde avec le sien. Ce sera le début de sa conquête du pouvoir : il prendra la ville et deviendra Président de la Communauté d’agglomération. Les rapports entre Alduy et Pujol rappellent les anecdotes politiques entre certains amis de trente ans.

Après avoir fait sa proposition, Jean-Marc Pujol m’observe et attend. Il m’a parlé de son grand-père, je songe au mien : on n’échappe jamais complètement à ses racines. Il doit se douter des conditions de mon acceptation, et je suppose qu’il a prévu de les accepter. Tout tournera autour de la survie de l’École des Beaux-arts. Je souhaite que ma décision soit appuyée par un texte irréfutable. Je lui propose donc de rédiger un projet, très rapidement, et de lui soumettre. Sa réponse conditionnera la mienne. Je le rédige et lui soumet ; il valide mon projet : « Art et cultures en mouvement » ; j’accepte de prendre en charge la Direction de la culture. L’école des Beaux-arts est temporairement sauvée, je mettrai en pratique mon projet pendant les deux années que va durer mon action.

Lors de la discussion, je remarque l’intérêt que Pujol porte, tout comme moi, à la stratégie militaire. Nous en sommes surpris, l’un et l’autre. Je voyais en lui, au mieux un avocat fiscaliste, au pire un comptable, mais certainement pas quelqu’un qui s’intéresserait à l’histoire du côté de la pensée stratégique. Il me voyait dans la posture du libertaire hostile par principe à toute forme de référence militaire. Nous citons quelques auteurs communs ; Clausewitz et Thucydide sont convoqués, puis la discussion s’achève sur les campagnes de MacArthur. A cette première rencontre, il m’apparaît évident que le personnage est plus complexe et opaque qu’il ne semble. La suite de sa campagne justifiera ce sentiment. Il organisera sa liste, certains noms surprendront puis inquiéteront ; d’autres, séduits par de vaines promesses devront vite déchanter et se contenter des restes. Enfin élu, Pujol confirmera tout aussi bien la nouvelle génération des prétendants que ses ambitions jusqu’ici freinées. Le temps de dissimuler est passé. Son choix pour la culture ne me convient plus, et n’étant pas quelqu’un qui reste pour la place, je démissionne le 17 juillet 2014.

 

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