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L'archipel Contre-Attaque

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 00:36
Le Jaumet : "c'est le bon Dieu qui te descend dans la poitrine!
Le Jaumet : "c'est le bon Dieu qui te descend dans la poitrine!

Pendant que certains s’esbaudissent de panneaux "Pays catalans" à faire crever de rire la présidente de l'Occitanie, un autre morceaux de notre patrimoine se meure...

Enraciné dans le pays de l’Agly (Pyrénées-Orientales) un cépage de raisin de table typiquement catalan fait plus de la résistance. Le Jaumet (ou Petit Jacques) a, il y a quelques décennies, eu une grande importance pour la viticulture locale. Mais il va mourir dans l’indifférence locale...Jean Lhéritier pousse un dernier cri pour lui!

Les autres coups de gueule ici!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/coup%20de%20gueule/

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 23:05
NOTES DE LECTURES .  CLAUDE DELMAS : DISPARITION DU DEPARTEMENT DES PYRENEES ORIENTALES  Editions Libre d’Arts. Préface (remarquable) de Henri Lhéritier. par Michel Lloubes


Un titre décalé et énigmatique, "Disparition du département des Pyrénées-Orientales", qui pourrait faire croire à une provocation dans le débat actuel sur le pays catalan, il n’en est rien. Claude Delmas n’a jamais été de ceux qui, par snobisme politique, choisissent de se vendre au plus chaud du fer rougi par l’actu. Plume en main, il a toujours pris la mesure du temps et dans son dernier livre, il lâche sablier, horloges et calendrier des Postes pour atterrir en inversant les réacteurs de sa vie trépidante de cadre d'Air France. Plus de fuseaux horaires coupés, comme d’autres coupent les virages pour d’illusoires gains de temps, justement. Aussi, faut-il avoir lu jusqu’à la dernière page pour augurer ce que Claude Delmas a voulu mettre dans le titre. Car cette disparition annoncée, n’est pas celle du département qui a depuis longtemps perdu les octanes de son essence divine, celle qui faisait y descendre, naître ou mourir, peintres, écrivains, musiciens ou poètes, pour les remplacer aujourd’hui par les tristes senteurs du tourisme de masse. Non, la cause est perdue depuis longtemps, il le précise au passage, mais c’est une toute autre disparition que Delmas entend simplement raconter, en l'habillant de dimanche, comme on le faisait jadis pour saluer non pas le jour du Seigneur, mais celui du repos sainement gagné après une rude semaine de labeur. Pas de nostalgie qui n’est plus ce qu’elle était, pas de recherche du temps perdu goinfré de madeleines, non, un constat doux et lucide, celui d’une vie, la sienne, venue, vécue et vaincue par de petits bonheurs simples ou élitistes, entre deux siècles si riches en bouleversements en tous genres. Ah, combien de fois n'a t-il projeté sur grand écran, les images indélébiles du bombardement de Port-Bou par les Franquistes, la soutane ensanglantée de l'abbé Niort, ou des folies d'Espagne, toujours vers le Sud... Chacun de nous, foraster, autochtone, ou ce qu’il reste des générations perdues, pourrait se reconnaître dans ce grand Adieu majuscule qu’il nous livre. Adieu à qui, à quoi ? Grand Meaulnes ou grand Duduche éternellement amoureux de toutes les filles de proviseurs , ce grand dégingandé , nous laisse le choix des grilles de lecture qui paraissent fort simples, simplistes diront d’autres, mais qui, en réalité, font surgir d’étonnants points d’interrogation sur notre homme. Amoureux de la vie, il l’est, esthète, évidemment, bouffeur de curés, toujours, homme de gauche, cela va de soi. Mais au-delà de ses précédents ouvrages romanesques ou romancés, bardés de certitudes, bonjour Marie, au-delà encore de son accent de cajoleuse rocaille qui fait la part belle à sa tendresse, sa joie d’écrire et de raconter, on découvre quelques accents inédits, chuchotés, que le lecteur recueille en confidence, presque en confession. On touche là au plus intime de Delmas. On est à la porte de l’étonnant mystère, peut-être cette disparition annoncée dès les âpres calcaires de Vingrau, et le silence de la mer qui vient lécher sa maison, en novembre 1942, rue Parmentier, à Rivesaltes. Chut, je lis…
Et pour ce faire, je m’accroche, car il faut être sportif pour plonger ainsi en son texte, il n’est pas pour rien voisin de Claude Simon ! Pas de numérotation de pages, de chapitres, ni d’alinéas, seules quelques majuscules en caractère gras permettent d’avoir pied. Tout est à lire d’un trait, en apnée, ou d’un gloup, cul sec ! Mais je m’habitue vite, car si parfois Claude semble avoir jeté ses mots sur la page, comme pour s’en débarrasser au plus vite, il y a tout au long de ce déroulé, de cette tranche qu’il s’est bien payée, ses yeux bleus qui me regardent bien en face, comme pour me dire, un brin narquois, de sa voix chaude, inimitable et complice : « Tu vois, Michel, c’est ça la vie ! »

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 17:34
Georges Bartoli avec Henri Lhéritier. 9 min ·  Henri Lheritier est mort hier soir, celui qui partageait avec bonheur sa vie entre gastronomie et littérature ne nous régalera plus de sa verve et de ses nectars. C'est une vraie perte pour tous les rêveurs debout, les épicuriens de combat, les gourmets de l'existence !
Georges Bartoli avec Henri Lhéritier. 9 min · Henri Lheritier est mort hier soir, celui qui partageait avec bonheur sa vie entre gastronomie et littérature ne nous régalera plus de sa verve et de ses nectars. C'est une vraie perte pour tous les rêveurs debout, les épicuriens de combat, les gourmets de l'existence !

« Je n’arrive pas à le croire, c’est trop grand pour moi, mes propres livres ne me suffisent pas à endosser le costume d’un écrivain. Ils sont imparfaits certes, mais c’est surtout ce voisinage avec des gens que j’admire, au sein d’un moyen d’expression que je place si haut, qui m’intimide, au point que je n’ose pas m’attribuer ce titre. Moi, me classer en leur sein ? S’il m’était arrivé de soigner mon prochain, j’accepterais de me faire appeler médecin, ou si j’avais construit, ne serait-ce qu’un poulailler, architecte, ou épicier, ou président de la République, ces qualificatifs –là, je les porterais sans rougir, écrivain, non ! C’est un titre qu’on ne mérite que mort ! Mes livres sont là, sous mes yeux, extérieurs à moi, j’observe leur dos, leur couverture, je peux les peser, les ouvrir, les feuilleter, je les sens, je suis content de les avoir écrits et même fier, mais je me demande toujours comment j’ai pu faire, et si j’ai réussi à les écrire, c’est justement parce que ce ne sont peut-être pas tout à fait des livres. Cependant, je me rends à l’évidence, mon vieux ce que tu as fait, cela s’appelle un travail d’écrivain. »
Henri est mort, le voilà donc, selon son propre critère, pleinement écrivain ! N’allez pas croire qu’il attendait en candaleta que la camarde valide ce qu’il appelait lui-même son travail ! Ô que non, Henri aimait trop la vie, préférant à la gloire posthume tous les qualificatifs que d’aucuns, en mal de d’étiquettes, lui collaient allégrement, vigneron écrivain, par exemple, sous prétexte qu’il faisait aussi un vin merveilleux. Mais voilà, si en terre catalane, ils sont nombreux à faire des vins magnifiques, ils le sont beaucoup moins, ceux qui sont dignes aujourd’hui de délier les sandales qui chaque matin auraient eu le redoutable privilège de le porter vers ce quotidien si drôlement défini ; pied gauche vers les vignes, pied droit vers l’écriture. Non, Henri, c’est les deux pieds dans l’écriture qu’il était tout entier, il en vivait comme un prêtre sa foi, un marin son bateau, une petite culotte son popotin bien rebondi. Dire qu’il aimait l’humour et la dérision, plus que son propre vin, et ce n’est pas peu dire, était-il besoin de le lire pour en être convaincu ? A table, il n’y avait qu’à le regarder plisser les yeux et esquisser un sourire pour savoir qu’à la minute qui allait suivre, l’assistance allait exploser … Le talent, l’humour, et la foi, oui, oui, la foi, même s’il ne la portait pas en bandoulière. Elle n’était pas très riche de chasuble d’or ni de Veni Creator, mais Il y avait entre sa petite bedaine et son cœur, une grande place pour l’homme, celui auquel il collait le H de la majuscule royale , celui qui vit d’amour et de combat pour la justice et la liberté. Ce n’est pas la foi, ça ? Et puis, comment ne pas craquer à cet Henri de tendresse, et de timidité sous son apparence de patron de cotre pirate mal rasé et la chemise au vent de sa tramontane chérie, l’éternelle fiancée de son vieux platane des bords d’Agly. ..
Il est parti. Un homme de moins en notre expirante démocratie franchouillarde pour, à son humeur, hisser le drapeau noir face au politiquement correct, à la grande peur des bien- pensants, de son cher Bernanos, et lancer ses diatribes cinglantes à l’inébranlable stupidité de nous autres frères humains qui après lui restons… Mais il nous a laissé ses livres, un inestimable cadeau.

(merci à Michel Lloubes d'avoir passé le texte)

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 10:24
Hommage à Henri Lhéritier par Jeff Calmette

La première personne que j’ai rencontrée lors de mon installation à Rivesaltes a été Henri Lhéritier.

J’avais lu son portrait dans « Siné Hebdo » lorsque j’habitais dans les Caraïbes. Dans le journal, il y avait un dessin le représentant ainsi qu’un compte-rendu du festival qu’il organisait à Rivesaltes avec quelques amis : « les vendanges littéraires ». Dans ces pages, le philosophe Michel Onfray y relatait les repas au « Kasot » à proximité de sa cave. Au menu, cargolades et grillades organisées dans les vignes et surtout dans la bonne humeur.

A lire l’article de l’autre côté de l’Atlantique, je l’imaginais comme une sorte de moine chanoine laïc catalan, amateur de vins et de littérature. Vrai épicurien, j’appris plus tard qu’Henri fut aussi un temps amateur de cigares.

Viscéralement attaché à ses terres catalanes ancestrales, chaque jour était pour lui un spectacle et la beauté infinie de la rivière l’Agly, petit torrent parfois impétueux, le bouleversait. C’était d’ailleurs une figure récurrente de ses romans.

La première fois où j’entrai dans la « Maison du muscat » pour aller à sa rencontre, je ne fus vraiment pas déçu ! L’endroit était majestueux. Un temple de civilisation. Une bulle hors du temps, totalement hermétique à la gargantuesque connerie ambiante de nos contemporains. Immenses toiles accrochées au mur, symphonies de musique classique en fond sonore, nombre de belles bouteilles et puis son petit bureau dans lequel il se réfugiait pour lire et écrire. Henri, l’esthète, le vigneron-écrivain ou écrivain-vigneron (écri-vin ?), peu importe, était aussi un fin lecteur, d’une culture littéraire incroyable. C’est simple, il lisait dix bouquins à la fois ! Henri pouvait faire sienne, cette phrase de Gérard Oberlé : « Je suis bardé de livres comme d'un rempart contre la connerie du monde ». Toujours affable, c’était dans ce même bureau qu’il me prodiguait ses conseils de

lecture, mâtinés d’un profond éclectisme : romans d’aventures de Conrad, une page de poésie par-ci de Claude Simon, une page par-là des Rêveries du promeneur solitaire. Ne surtout pas oublier le matin, une petite lichette d’Echenoz pour se mettre en route pour la journée ! Lire est une gymnastique intellectuelle après tout.

D’un naturel très discret, presque taiseux, vrai timide, Henri compensait sa retenue par son style littéraire marqué par l’art de la digression. Une sorte de compensation… Une forme peut-être d’exutoire.

Et puis, il y avait son vin doux que je chérissais tant : le « rivesaltes ambré hors d’âge Malvoisie ». Un chef-d’œuvre. Un rancio sucré mais au final un nectar très équilibré. « Trop sucré me disent les clients ! Et le Coca alors ? » grommelait-il, pince-sans-rire.

A mon retour, je me disais que les choses étaient décidemment bien faites. Les Pyrénées-Orientales assuraient bien la transition entre l’Outre-Mer et un éventuel retour en Métropole, le Rivesaltes ambré permettait lui, très bien, la transition entre le vieux rhum et le vin ordinaire !

Fréquenter Henri, c’était du très bel ordinaire justement, réalisant tout le privilège que j’ai eu à le côtoyer : une merveille d’homme.

Bien entendu, il nous laisse ses livres et ses vins.

Promis, Henri, je continuerai à te lire et à te boire.

Jean, Nicolas, Jean-Luc, Michel, Christian, venez, c’est ma tournée !

Amitiés aux copains d’Henri et mes condoléances à la famille Lhéritier.

JEFF

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier :

L'écrivain Henri Lhéritier nous a quitté!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2016/03/l-ecrivain-henri-lheritier-nous-a-quitte.html

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 22:49
Ce n'est qu'un au-revoir...
Ce n'est qu'un au-revoir...

2016 est une mauvaise année pour les artistes. Et l'ami écrivain Henri Lhéritier, nous a quitté à son tour, ce soir à 22 heure emporté en un mois par un cancer foudroyant.

"Henri Lhéritier écrivain et vigneron catalan d'expression française, né en 1946 à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales.

Amateur de mots et de vins, il réunit ses deux passions en écrivant des romans qui touchent un public de plus en plus vaste. Il a créé et animé à Rivesaltes « La Maison du Muscat ». Il est par ailleurs membre du jury des Vendanges littéraires de Rivesaltes."

Agly, Perpignan, éditions Trabucaire, 2002

De singuliers bourgeois, Perpignan, éditions Trabucaire, 2004

Autoportrait sauvé par le vent, Perpignan, éditions Trabucaire, 2007

Le défilé du Condottière, Perpignan, éditions Trabucaire, 2009

Réquiem pour mignon, Perpignan, éditions Trabucaire, 2011

Moi et Diderot (et Sophie), Perpignan, éditions Trabucaire, 2013. Préface de Michel Onfray.

Les Vêpres siciliennes , Perpignan, éditions Trabucaire, 2015

Ainsi que de nombreuses nouvelles notamment sur l'archipel contre attaque.

Henri , tu nous manques déjà...

Voir :

Vidéo: Tribute à l'écrivain Henri Lhéritier: dix petits comptes et quelques bonus à Cassanyes!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/12/video-tribute-a-l-ecrivain-henri-lheritier-dix-petits-comptes-et-quelques-bonus-a-cassanyes.html

Librairie/culture: Figures et territoires Textes d'Henri Lhéritier Collages et dessins de Claude Massé, conférence animée par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-librairie-culture-figures-et-territoires-textes-d-henri-lheritier-collages-et-dessins-de-claude-m-121814647.html

Lecture:Diderot, Lhéritier, Jaeger et moi: un moment hédoniste à cent mètre du centre du monde!

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-lecture-diderot-lheritier-jaeger-et-moi-un-moment-hedoniste-a-cent-metre-du-centre-du-monde-118288550.html

le dernier roman d'Henri Lhéritier:"Réquiém pour mignon" aux éditions "Trabucaire", la lecture!

http://loeildupharynx.over-blog.com/article-le-dernier-roman-d-henri-lheritier-requiem-pour-mignon-aux-editions-trabucaire-la-lecture-83706490.html

Perpignan Aujourd'hui 17h – 20h Maison de la Catalanité: lecture partagée du Tramway de Claude Simon, en 35 stations! interview Jean-Louis Coste et Henri Lhéritier par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/06/perpignan-aujourd-hui-17h-20h-maison-de-la-catalanite-lecture-partagee-du-tramway-de-claude-simon-en-35-stations-interview-jean-loui

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 11:39
LE PENSEUR DES POMPES FUNÈBRES par l'écrivain Henri Lhéritier

Quelle ne fut pas ma surprise en m’asseyant dans ce train de me trouver à côté de ce soi-disant penseur, philosophe du déclin, qui pérore partout qu’on est foutu, que l’on va dans le mur. Il avait installé, autour de lui, des Figaros et autres journaux aussi insipides, que je lui tendis, du bout de mes doigts pincés, comme du linge sale, afin de récupérer ma place.

Ce type, agité de tics, affiche sur tous les écrans où il passe l’air désespéré d’un entrepreneur des pompes funèbres en train de déposer son bilan, bavant sur notre époque, exprimant en substance l’idée que pour revivre une époque dorée, il suffirait de se débarrasser des enseignants, des jeunes, des immigrés et d’une manière générale de tous les humanistes. Mais à quoi servirait donc une résurgence de la nation, telle qu’on la considérait avant, sinon à indisposer nos voisins ? Serait-on enchanté d’entendre les Allemands retrouver leur vieux fond gothique, ou les Anglo-saxons leur roi Arthur et leur table ronde, chacun plaidant pour dire ce que le monde leur doit, ce qui fait qu’ils sont meilleurs que nous, et en tout cas que nous ne les valons pas ?
Alors que défilaient devant nous d’admirables paysages français qui curieusement ne m’envahissaient pas de la nostalgie d’un passé révolu mais au contraire d’un futur à édifier, je lui fis part, même s’il ne me demandait rien, de mon refus absolu d’une identité créée par lui de toutes pièces et dont le tri tout personnel exclue le siècle des Lumières, la Révolution, la Commune, c’est à dire toutes les idées émancipatrices au profit des pires pulsions sectaires et claniques de toutes les restaurations.
J’ajoutai, ses tics commençaient à s’accentuer, qu’en dehors des faits divers, je ne voyais nulle part, ce qu’il croyait voir, cette dégradation d’une culture et d’une société, dont il nous rebat les oreilles, mais les faits divers ne sont qu’une aubaine pour les télévisions et les philosophes en mal d’imprécations.
Tout tremblant, il me regarda avec rage, comme si je le suspectais de ne pas quitter sa télé et son canapé (à la vérité c’est ce que je crois fermement), sur lequel, s’excitant tout seul il établissait ses funestes théories de Cassandre illuminé, prédisant le déclin et même la fin de la société française.
Par rapport à ce que la jeunesse d’aujourd’hui sait et fait, enfonçai-je le clou, nous sommes mal placés et trop ignorants, pour des leçons de morale.
Il se leva, furieux, ramassa ses Figaros et ses sous-produits de presse et s’installa au fond du wagon (incroyable journée de malchance pour lui !) au milieu de jeunes Français, de toutes origines, et de toutes conditions, rejoignant une Ong humanitaire en Afrique.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 12:12
 LES VÊPRES À LA VIERGE par l'écrivain Henri Lhéritier

Mon téléphone fixe était infesté de sollicitations diverses qui devenaient insupportables : isolation, électricité, chauffage au bois ou à la bouse séchée de bétail tibétain, vacances près de l’eau, et même sous l’eau, assurances gratuites.
Lorsqu’un jour, on proposa à mon épouse un homme à marier, je vis rouge, car elle en avait déjà un, en l’occurrence c’était moi, à moins que tellement rêveur je me sois mis à vivre avec la femme d’un autre, ce qui était aussi une possibilité.
Je résolus de m’en débarrasser, pas de mon épouse, du téléphone.
Dès lors ce fut un enfer, je compris que les appels téléphoniques n’étaient pas du marketing, on ne voulait pas nous vendre quelque chose, on avait avant tout la volonté de nous nuire, nous étions victimes d’un complot. Ne pouvant plus nous joindre au bout du fil, nos persécuteurs décidèrent de venir à notre rencontre. Naïfs, nous en laissâmes entrer quelques-uns, puis nous nous barricadâmes, une infernale bacchanale se tint alors sous nos fenêtres, on nous présenta de tout, des automobiles, de la lingerie, des sex toys, bientôt des types à poil et en érection vinrent se proposer pour se marier avec mon épouse ou avec moi, je ne sais plus, des femmes splendides également, au bout du compte, tous acceptaient de ne pas se marier, et se contenteraient, disaient-ils, de coucher avec nous, on ne savait plus ou donner de la tête, nous n’étions pas intéressés, nous résistions mais c’était tentant, hein ! mettez-vous à notre place.
Un matin, ce fut le bouquet, une dame qui ressemblait à Sharon Stone, en mieux, qui avait dû s’introduire chez nous par le garage ou le jardin, s’était mise à danser en se dépouillant de ses vêtements, devant nous qui nous trouvions au lit et avions remonté notre couverture jusqu’au menton. Une musique admirable tombée du ciel accompagnait chacun de ses mouvements, les "Vèpres à la vierge" de Monteverdi. Sur le" Lauda Jérusalem", elle était en train de faire glisser sa culotte, je n’en peux plus, dis-je à M., trop de désir. Me levant, un drap sur ma nudité, un sourire de carnassier sur ma bouche, je me mis à avancer.
Le téléphone sonna soudain, je m’ébrouai, zut ! ne l’avais-je pas coupé celui-là, serais-je donc dans un rêve ?
Une musique s’échappa de l’écouteur, puis des paroles, elles faisaient :
"Ha ! Qu'est-ce qu'on est serré, au fond de cette boite,
Chantent les sardines, chantent les sardines,"

Je suis M., mon mari est tombé, mort, le téléphone à la main, il avait déjà le drap mortuaire sur lui, je viens de reconstituer sa fin devant vous, depuis quelques jours, il paraissait dérangé.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 12:41
MARGHERITA par l'écrivain Henri Lhéritier

On le surnommait « Pichet de rosé », car il fréquentait les pizzerias pour le seul plaisir de commander du rosé en pichet. En dehors de ça, il n’aimait ni la pâte, ni les champignons, ni les tomates, ni les anchois, ni les artichauts, et d’une manière générale, il détestait les pizzas et les olives noires.
Il aimait seulement le rosé en pichet, c’était ainsi.
J’avais beau lui dire que le soir, après le service, on reprenait tous les fonds, pour faire les nouveaux pichets du lendemain, il n’en démordait pas, il était accro au pichet de rosé. Moi, monsieur, je l’ai vu entrer dans les pizzerias les plus sordides, j’essayais à chaque fois de l’en empêcher, en vain, il était ensorcelé et tel un marin au port tirant des bords dans les bars louches, il serrait le flanc de ses pichets entre ses mains comme on serre la taille de ces filles de la nuit qui nous font oublier le crachin, l’air salé du dehors, les échecs d’hier et ceux de demain.
Quel plaisir trouves-tu donc à cette décoction anonyme ?
À chaque fois, il me répondait :
- D’abord, c’est frais, ensuite….
- La fraîcheur n’est tout de même pas réservée au rosé en pichet.
-…ensuite, un pichet c’est ventru, stable, ses flancs dégoulinent de gouttelettes de rosée, c’est toujours une peu éventé, en un mot, c’est sexuel et même canaille !
C’était un esthète du rosé en pichet oxydé, tout le monde n’a pas la malchance de tomber sur un type comme lui.
J’ai fini par me fâcher avec mon ami, c’était trop dur pour moi, et je suis trop faible, j’avais peur de sombrer aussi dans le rosé en pichet, on se vautre dans l’infamie plus facilement que l’on plane dans l’excellence, nos pulsions nous font visiter les bas-fonds plutôt que la pureté vivifiante mais austère des sommets.
Et puis, cette addiction de mon ami me rappelait trop une collection que l’on trouvait dans les gares, les salles d’attentes, ou que l’on recevait par abonnement : « Sélection du reader’s digest ». C’était de la littérature en pichet, des extraits de romans qui au départ n’étaient pas bons et qui, découpés, devenaient exécrables.
Je me demande si les concepteurs de cette collection ne faisaient pas comme les patrons de pizzeria, composant des extraits à l’aide de plusieurs extraits.
D’ailleurs moi-même…

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 13:08
LED ZEPPELIN ! par l'écrivain Henri Lhéritier

Il avait réussi à ouvrir la porte en la crochetant, on ne venait pas souvent ici, la serrure était grippée, il put entrer, le vent entra aussi. Il se hâta de fermer derrière lui, en tirant un gros barreau, cela sentait le sel, il respira profondément, et le poisson séché également, pensa-t-il. Pas un seul bruit, comme s’il avait pénétré à l’intérieur d’une huître tapie au fond d’une bourriche.

Il se mit à monter, les marches étaient hautes, de temps en temps il fallait qu’il se repose, c’était un tube étroit, sans palier, avec une lumière pâle distribuée sur les flancs de l’escalier par des hublots vitrés qu’une buée presque solidifiée obscurcissait.
Des centaines de marches, se lamenta-t-il, des centaines ! Mais il continuait de monter, s’arrêtant parfois, et s’appuyant alors au mur pour reprendre sa respiration, il montait, montait, il avait le sentiment qu’il n’arriverait jamais en haut. Quelques notes de musique d’un groupe anglais lui parvenaient, pas à ses oreilles car celles-ci n’étaient sollicitées que par le silence, mais à son cerveau, il chercha un moment dans sa mémoire, Stairway to heaven, oui c’était ça, Stairway to heaven, au fond il montait au ciel lui aussi, cet escalier ne conduisait qu’au ciel ou alors à rien, bizarrement il s’agissait des deux destinations espérées par lui. Il continua, montant, montant, le son métallique d’une guitare électrique l’accompagnant, Jimmy Page peut-être, peu importe, il devait aller jusqu’au bout, son destin se jouait maintenant, la musique n’avait rien à voir dans cette histoire.
Reprenant son souffle, il s’assit sur la dernière marche, il était arrivé, il se releva, poussa la porte, une puissante lumière l’aveugla, un éclair, comme s’il avait ouvert un haut fourneau et glissé sa tête dedans.
Alors il se jeta dans les airs.
Il croyait s’aplatir sur le sol, en bas, or il tomba, plouf ! du côté maritime de ce phare du bout du monde. Dans l’eau il se gela, du coup il n’eut plus aucune envie de se suicider, il voulait seulement se sécher et se réchauffer.
L’épave d’un bateau de pêche passa à côté de lui, il s’y accrocha.
On le retrouve dans l’île de Man où il loue ses bras au plus offrant pour la récolte de pommes de terre.
Dans tout le Royaume uni, il est considéré comme le meilleur ramasseur de patates de tous les temps, la reine l’a anobli et le soir, au pub, la moustache toute mousseuse, jouant aux fléchettes, il s’enfile bières brunes sur bières brunes jusqu’au bout de la nuit.

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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Published by L'archipel contre-attaque ! - dans Henri Lhéritier Récit(aventures à Rivesaltes)
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 16:04
 ÉLECTIONS par l'écrivain Henri Lhéritier

Bientôt, nous devrons poster un homme en armes à la porte de notre cuisine.
Nos chats nous pillent et ne nous laissent que des os à ronger
Ce matin, le noir s’est jeté sur ma tartine de confiture, à midi, le roux ne nous a rien laissé du foie de veau persillé et le soir, le grand blanc tacheté et à poils longs a dévoré notre pot au feu, tandis que l’escroc noir et blanc sautait de la table, une sardine entre les dents.
À la fenêtre, grattant au carreau, ils nous font signe qu’ils veulent entrer et dès qu’ils sont à l’intérieur ils réclament sortir. Nous nous demandons s’ils ne s’entendent pas entre eux, si un accord secret ne les lie pas dans le but de nous déstabiliser, si nous ne sommes pas menacés par une conjuration de chats intéressés à prendre le pouvoir. Ils sont caressants, chauds, parfois émouvants, mais ils terrorisent les plus petits qu’eux et je ne connais rien de plus odieux que leur satisfaction lorsqu’un oiseau tombé du nid s’agite encore dans leur gueule et que le déposant à nos pieds, tout désarticulé et expirant, ils attendent de nous que nous les félicitions. Nos chats se plaignent tout le temps, réclament sans cesse, marchent comme des chanoines, miaulent à la manière de chanteuses de variétés, méfiants ils nous regardent du coin de l’œil, rôdant autour de nous, avec l’air de nous en vouloir comme si nous étions en situation irrégulière et le soir, couchés sur nos lits, ils dorment à notre place tandis que nous restons éveillés de peur de les déranger.
Par bonheur ils n’ont pas découvert le plaisir de boire du vin, qu’ils se mettent à finir mes bouteilles et mon sort sera scellé, j’en serai réduit à ne boire que de l’eau, c’est en ce sens qu’ils ne sont que des animaux, et que nous leur sommes supérieurs, ils ne connaissent pas les plaisirs de l’ivresse.
Nous avons de la tendresse pour eux mais nous n’accepterons jamais qu’ils s’installent aux commandes, depuis trop longtemps les hommes ont fait le pari de l’intelligence, rejetant l’instinct et la violence, plaidant pour des solidarités et de l’hospitalité, œuvrant pour l’utile comme pour l’inutile et plaçant le beau, la dignité et le respect de tous au service de tous.
Il n’est pas question de leur céder quoique ce soit.
Plutôt nous mettre au whiskas.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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