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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 15:02
Artiste : Jan Saudek (tchèque, né en 1935) Titre : Motherhood #242 , 1989 Support : print with watercolor Taille : 59 x 50 cm. (23.2 x 19.7 in.)

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées”

Le Tartuffe, 1664-1669

"Des gendarmes ont demandé à plusieurs femmes qui bronzaient seins nus sur la plage de Sainte-Marie-la-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, de remettre le haut de leur maillot de bain. Aucun texte n’interdit pourtant le topless sur les plages de la commune.

Le topless sur une plage n’est plus susceptible de constituer le délit d’exhibition sexuelle de l’article 222-32 du Code pénal compte tenu de l’évolution des mœurs et de son usage répandu, mais peut néanmoins constituer une contravention dans les communes qui ont pris un arrêté municipal l’interdisant. L’amende est alors de 38 €. Cependant, à Saint-Marie-la-Mer, aucun arrêté n’a été pris dans ce sens. Ces femmes avaient donc tout à fait le droit de bronzer seins nus.”

Publié le 25/08/2020 à 10h46 Ouest-France

 

Quel beau pays phallocrate et respectueux de ses propres lois que celui où l’on demande aux femmes de cacher leurs seins pour ne pas choquer les enfants (alors que nos générations ont bien survécu au gentil monstre nudiste Casimir ) ou susciter le désir de l’homme (hétéro bien entendu) !
 
Comme s’il était toujours impossible d’éduquer les petits garçons ,autrement dit les futurs hommes, au respect du corps de l’autre, en l’occurence la fille, la femme, sa semblable, son égale.
 
Comme si les seins étaient encore coupables de quelque traître forfait qu’ils porteraient en germe comme une atteinte à la vue masculine , un sacrilège d’exister en dehors et à d’autres fins que de satisfaire le désir masculin, une insidieuse réminiscence d’Eve tentatrice…
 
Saintes décapitées mais seins voilés. A chacun sa notion de l’ostentatoire et du vulgaire ... Les seins, symboles de féminité que les Amazones se coupaient pour plus de commodité dans le maniement du tir à l’arc et une supposée recrudescence de testostérone propice en ces temps agités de guerre (Péloponnèse, Troie, Covid1…)
 
Et que dit Tartuffe en creux , et en arrondi ?
Sinon que Par de pareils objets les âmes sont blessées.
 
Si la guerrière peut se passer d’un sein plus blessant que la tige affûté d’une flèche ( vulnerant omnes, ultima necat ) , la femme lascive, elle, c’est bien connu, les montre sans complexe à l’instar de la servante Dorine “forte en gueule et fort impertinente”, soit en s’étalant sur les places ombragées ( pardon : minérales) de la ville , comme le font sans vergogne les statues de Maillol à Perpignan (qu’attend-on pour les déboulonner d’ailleurs et que fait la police prétendûment trop occupée à surveiller les arbres à dealer?) mais également les vacancières et locales impudentes sur les plages ensoleillées de la Mare Nostrum , laquelle, nostalgique elle aussi du clos jardin d’Eden, commence à en avoir marre de bercer ces lolos de sirènes de pacotille dans ses flots et préférait de loin s’identifier aux mentions livresques et nostalgiques de Claude Simon3 ?
 
Et toujours personne pour s’interroger sur la charge - dont la femme serait l’unique dépositaire- de “montrer l’exemple” sur la scène de la vie devant un public infantile et infantilisé. Et pourquoi diable cette exigence d’exemplarité dont les “femen” ont l’air génétiquement démunies ?
 
Monsieur le Ministre de la Justice, une idée peut-être? Monsieur Darmanin  et Griveaux ? non, toujours pas ?
 
Ben si, quand même -et vous allez voir que c’est bien plus simple que le théorème de Fermat ou la mise en équation de la suite de Fibonacci- et que les questions seront vite répondues : les hommes, à la grande différence des femmes corsetées par les boudoirs et le Code Civil , seraient incapables de tenir en laisse leurs pulsions. Et la pulsion n’est pas, mille fois hélas, la meilleure amie de l’homme.
 
Ainsi conseille -t-on aux filles, en 2020, de renoncer à leurs jupes courtes et leurs décolletés suggestifs (ou non) tandis que les garçons eux peuvent continuer à les garder et les montrer, leurs idées courtes moulant leurs cervelets anesthésiés. Normal : eux c’est dans un élan christique qu’ils égarent leurs mains baladeuses sur les attributs féminins et se soulagent sur les lampadaires les soirs de victoire du Psg sous l’emprise de la joie, de l’alcool et de leur atavisme chevillé au corps comme une ébauche de circonstance atténuante pour le procès verbal vespéral (“et vous êtes sûre qu’il s’agit d’une agression, parce que dans la liesse générale, hein...et puis quand même, cette tenue hein ” … le lampadaire reste stoïque bien entendu).
 
A quand la naissance du bébé OGM, vêtu de pied en cap aux couleurs catalanes (sem catalan tant qu’à faire) qui réconciliera nature et culture dans un élan progressiste de réconciliation nationale ?
 
 
“Vous êtes donc bien tendre à la tentation
Et la chair sur vos sens fait grande impression
Certes, je ne sais par quelle chaleur vous monte,
Mais à vous convoiter, moi je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrai nu du haut jusques en bas
Que toute votre peau ne me tenterait pas”
 
 
Je sais que vous êtes sûrement en train de vous dire que Dorine au Cap d’Adge  aurait endigué la seconde vague!
 
Mais convenez que si la tirade de Tartuffe est seule restée célèbre, la réplique de l’excellente servante est pourtant bien la plus intéressante car à bien y regarder, combien de femmes d’aujourd’hui, fussent-elles politiciennes, ont-elles eu le courage de se mesurer aux Tartuffes et pseudo-mentors rencontrés sur leur chemin comme autant de mâles alpha susceptibles de booster ou stopper leurs carrières ?
 
Évidemment, on ne peut totalement exclure que Dorine ait lu la fin de la pièce et forte de son spoiler, sait qu’il ne lui en cuira point de vilipender ainsi hypocrite Tartuffe et naïf maître Orgon. C’est vrai. On peut aussi saluer son travail de sape salvateur qui nous rappelle une évidence trop oubliée : la nudité originelle n’est cause de concupiscence ou de censure que parce que nous le souhaitons encore et qu’il dépend en conséquence de nous de les faire cesser.
 
 
Sur ce

.

1.“Nous sommes en guerre “ Macron, discours du 16.03.2020

2.“Toutes blessent, la dernière tue” (Question de temps)

3. Le Tramway Editions de Minuit Claude Simon

http://associationclaudesimon.org/claude-simon/lieux-de-memoire/article/perpignan-421

4. Monsieur Darmanin vient de reconnaitre une “maladresse” de la gendarmerie sans s’étonner que les dits gendarmes censés appliquer la loi la méconnaissent.

5 30 % de cas positifs au village naturiste aux dernières nouvelles, de quoi ébranler les anti-masques.

 

 

!

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 14:30

 

"Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde voyez-les faire : les plus ignorants des hommes".
 
Le malade imaginaire - Molière
 

Au commencement était le verbe, et le verbe était Dieu. Le verbe, donc la parole , était à la fois, le levier et le point d'appui de la cosmogonie pour soulever l'univers. Dans le monde des humains, il a un rôle descriptif, une valeur d'échange . Quant au discours, il a un objectif démonstratif. Il est dans le langage, une version vertébré dont la construction donne accès  aux buts qu'il veut mettre en lumière: votez pour moi!

Mais, comme le décrit Jordi Vidal dans son livre " Servitude & simulacre en temps réel et flux constant" , le discours n'est plus que du remplissage pour ne pas laisser aux autres, la possibilité de s'y insérer à votre place: une sorte d'anti-jeu, qui ne met que le "moi" en avant!

C'est pourquoi dans une élection, ce n'est plus le programme qui est mis en avant (un programme engage à une action) , mais le candidat . Le candidat est le message. Le candidat n'a pas à avoir d'étiquette, puisqu'il est la sienne propre. Le candidat est la marque! Et ce qu'il fait à l'intérieur, se voit à l'extérieur!

Mais vous me direz (et vous aurez mille fois raison) , c'est un peu court jeune homme, un enfant verra au premier regard que le roi est nase! Un enfant oui, parce qu'il lui reste de la spontanéité. Mais un adulte qui a des désirs à assouvir, peut synthétiser la naïveté de l'enfant et comme si, il n'avait rien vu!  D'autant qu'une presse qui n'est pas payée par ses lecteurs, mais par ceux qui leur achètent des espaces publicitaires, ne vont pas les contredire! Ainsi, il est dure de régler la focale pour avoir une image bien nette...

Aussi, on peut faire passer des vassaux, pour ce qu'ils ne sont pas: des lanternes!

Qu'il est difficile de connaître la valeur des produits dans la vitrine, pas ce (ou ceux) qu'ils coûtent, mais si le temps ou l'argent qu'on investit en eux, valent en retour sur investissement ? C'est toujours la question que le citoyen devrait se poser: quel est mon retour sur investissement? Poser une équation: discours / candidat, élu / incarnation du discours dans le réel...Que l'on parle de sécurité ou de culture: qu'as tu fais de ton mandat?

Il y a peu d'historiens sur l'histoire contemporaine immédiate, pour une mise en perspective(https://fr.wikipedia.org/wiki/Perspective_(repr%C3%A9sentation) )des mécanismes qui aboutissent  au bord du gouffre où se trouve Perpignan. Un centimètre de plus et c'est l'abîme! Parce qu'un discours sans action ne consolide aucun plancher!

Perpignan n'est pas une ville "malade imaginaire", mais malade de son imagination...

 

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 16:23

 

"Il y a une loi de beauté qu'il importe de ne pas oublier ! Malgré l'effort de quelques-uns, nous semblons marcher vers cet oubli, tant la Médiocrité, monstres à mille têtes, a de fidèles dans les sociétés modernes."
 
"Monsieur croche et autres écrits" (1901-1914), Claude Debussy, édition Gallimard, 1987, p. 110 - Claude Debussy
 

"Je crois que la lucidité rend le succès amer alors que la médiocrité espère toujours quelque chose..."
 

L'elegance du herisson - Muriel Barbery

 

Perpignan, ville de potentiel ne semble pouvoir se relever de l'enchaînement de ceux qui prétendent la diriger; Cela fait plus de 60 ans que Perpignan, a été l'ascenseur social et financier d'une classe au pouvoir (il suffit de regarder le "avant /  après" de leur patrimoine et de leur lot de médailles, pour comprendre que l’ascenseur républicain fonctionne encore en province pour ceux qui ont réussi à en voler la clef) .  Mais ils ont tous en commun d'avoir su faire rêver les sots, les veules et les paresseux, en leur laissant croire qu'à force de ces tares, ils pourraient s'élever à ces places eux aussi...

Des lors, il ne s'agit pas de dénoncer ce dont nous pourrions profiter si nous acceptions un certains silence et l'esprit de résignation . Contrairement à "l'esprit saint" , l'esprit de résignation préside à l'inchangement . Les masques tournent , mais les mêmes demeurent ( du coup, peut-on les qualifier de "demeurés" ?). Ce qui évolue, ou diminue, c'est qu'à l'instar des glaciers avec le réchauffement climatique, la couche d'illusions fond à vu d’œil. Et plutôt que la montée des eaux, on observe la croissance de l'abstention. Sauf que l'abstention ne présentant pas de liste: elle n' a pas d'élus!  

De là, découle le manque d'autorité de ceux qui se sont vissés au pouvoir, et cette urgence covalente de paraître autoritaire!

Le discours est martial, mais la réalité est marsupiale: c'est à dire à poche...Dans leur volonté, d'être élus, il n'y avait pas de vision de la ville, où elle était, et où là ils voulaient la mener, mais juste un désir infantile de s'afficher publiquement, jouant avec les hochets du pouvoir ( Dieu vomit les tièdes, et ceux qui répandent le pouvoir en vain!)

Est-on obligé de boire ces califes jusqu'à la lie, pour qu'après leur définitive chute, nous puissions nous relever?

Tant qu'il y aura des vizirs, qui dans leur lie feront des rêves, il n'y aura que peu de personnes pour leur signifier que: l'incompétence n'est pas un bon instrument d'escalade!

Il reste la possibilité de ne pas se construire contre, mais à coté!

Parce que lorsque le pouvoir est construit au centre, il faut s'installer à sa périphérie et récupérer les matériaux nés de sa destruction, pour avec recombiner l'ADN et offrir une autre chose. "Parce que, n'est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier. " comme l'écrivait Saïd Meckbel dans sa dernière chronique, avant son assassinat par les islamistes http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/videos/70

 

 

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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 18:33
Par l'auteur de "résistance au chaos" , "servitude et simulacre" et "la société du chaos"
 
Pour présenter cet entretien je citerai John Stuart Mill, l'auteur de
De la liberté (1859) Jordi Vidal http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/


"Quand  la vérité n'est pas librement et ouvertement débattue, notre
croyance, aussi juste soit-elle, sera comme un dogme mort et non comme
une vérité vivante."

"Celui qui ne connaît que ses propres arguments connaît mal sa cause."

"Le dicton, d'après lequel la vérité triomphe toujours de la
persécution, est un des plaisants mensonges que les hommes répètent
l'un après l'autre jusqu'à ce qu'ils passent en lieux communs, mais
que toute expérience réfute."
 
 

 

Instrumental aux effets sonores inter-galactiques tout-à-fait époustouflants! Il démontre entre autre qu'il est possible de faire une mélodie avec des cloches de Noël, ou d'église.

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 14:06
  • "RÉIFICATION, subst. fém PHILOS. Transformation, transposition d'une abstraction en objet concret, en chose. Synonyme . "chosification".Nous nous bornerons au cours de ce chapitre à l'étude d'un seul point: celui de la réification du corps. Le corps humain est devenu − en grande partie du fait des médecins − un objet de propriété (David, Cybern., 1965, p. 142):
Toutes ces impostures se valent, et elles font vivre aujourd'hui bien des farceurs. Car tel est le piège de la réification statique: quiconque hypostasie le pouvoir-faire-autrement, parce qu'il exploite la dialectique de la self-contradiction, fait le jeu de la servitude. Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 209."
 
Je ne connaissais du tango, que l'image que l'on donne, jusqu'à ce qu'en 1997, je devinsse ami à Barcelone avec une bande d'argentins : une pandilla comme on dit (prononcez  "pandicha" ou "pandidja", si vous vous sentez plus "portégno" que les autres) . Le tango fut une danse populaire (comprendre pratiquée par le peuple) jusqu'à ce que les anglais, l'introduisent dans les salons (où elle devint mondialement popularisée: c'est curieux ce qui est populaire dans les salons anglais, puisse le devenir dans les salons du monde entier, l'esthétique du thé et du bus impérial...).
A l'origine, c'était une danse de garçons vacher , les "gauchos" , puis les mauvais garçons et les prostituées commencèrent à la pratiquer dans les "bordels": la danse comme acte sexuel en public, jusqu'à "la petite mort", un savant mélange d'éros et de thanatos.
 
Je me souviens que, cheminant pour aller manger à "Los Asadores" (restaurant typique de cuisine argentine de Barcelone)  avec mon ami Fédérico (alias Freddy) et son père José-Maria, je lui demandais: "José-Maria, que es un buen Tango? " Il me répondit :" un buen tango Nicolas , es cuando se les falta la mugré!" . "La mugré" qu'est ce que c'est (le mot en castillan m'était inconnu). Il reprit en français ""la mugré", c'est "la saloperie" : c'est quand la poussière se collent aux danseurs avec la sueur!"
 
En politique, outre l'esprit de l'andouillette, ce qui fait l'esthétique, comme dans le bon tango : c'est la "mugré" . Ainsi donc, Perpignan et sa politique sont devenues, mon tango préféré. "La cumparsita" qui nous est révélée (diminutif de comparsa  petite parade de rue, en castillan) avec ses retournements d'alliances et autres ralliements, au gré ou malgré des résultats électoraux, est un spectacle qui pourrait ravir un enfant et attrister un adulte, pour quelqu'un qui n'a pas la nostalgie de l'enfance mais celle d'un monde adulte...Alors Stéphane Babey sèmera-t-il "la peur sur la loge" après la terreur au cabinet du conseil départemental (encore socialiste, pour ce que cela peut signifier) d'Hermeline Malherbe..."qu'est ce qu'on s'en fout !"
"Jeter une lumière sur les problèmes les plus sérieux et en même temps ne pas prononcer une seule phrase sérieuse, être fasciné par la réalité du monde contemporain et en même temps éviter tout réalisme, voilà "La fête de l'insignifiance" "
Perpignan :mon tango préféré, ce sentiment triste qui se danse...par Nicolas Caudeville

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 16:36

 

 

Sur la nécessaire et urgente reformulation d’un projet humaniste revenant aux fondamentaux héritiers des Lumières, le texte de Marguerite Stern, « Féminisme : peut-on encore débattre de tout ? » est particulièrement significatif et révélateur.

Si nous voulons prolonger le combat engagé par Walter Benjamin, nous pourrions aujourd’hui transcrire l’urgence d’un tel projet par une formule lapidaire : NI FACHOS NI POMOS

 

POMOS : Pour ceux qui l’ignorent encore, le terme de POMOS renvoie à postmodernes.

Sur la critique du postmodernisme je renvoie à ma série télévisée : « La Société du chaos » (en lien sur l’archipel contre attaque) et à mes deux essais : « Résistance au chaos » et « Servitude et simulacre ». http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

 

Féminisme : peut-on encore débattre de tout ?

Par Marguerite Stern, activiste féministe et ex-Femen

7 juillet 2020

 

Il y a quelques mois, j’ai commencé à m’exprimer au sujet du « transactivisme » et de la pensée dite queer sur les réseaux sociaux, estimant que ces sujets-là prenaient désormais trop de place dans le féminisme jusqu’à invisibiliser les combats des femmes.

 

Quand je lis l’expression « colleur·euses » ou « personne à vulve », je ne peux pas m’empêcher de penser que cet outil qu’est l’écriture inclusive, et qui était au départ destiné à nous redonner une place dans le langage, a été dévoyé et qu’il sert désormais à installer la présence des hommes dans la sphère féministe.

 

De la même façon, quand on me dit que je mens et que je ne suis pas l’initiatrice des collages contre les féminicides alors que j’ai passé six mois à coller seule avant que l’attention médiatique ne prenne, on invisibilise encore une femme. Qu’on soit d’accord avec moi sur toutes mes idées ou pas n’est pas la question : j’accepte qu’on pense différemment et que d’autres utilisent cette technique pour dire ce qu’elles veulent. Je n’ai pas posé de copyright dessus. Mais qu’on efface la contribution d’une femme à l’histoire est un procédé profondément patriarcal. « Rendons à Cléopâtre ce qui appartient à Cléopâtre », comme le dit la brillante autrice et comédienne Typhaine D.

 

Par souci d’horizontalité et par penchant anarchiste, j’ai volontairement abandonné la tête de ce mouvement au bout d’un mois. Comme l’attention médiatique s’était cristallisée autour de moi, je trouvais que ça avait du sens de le laisser évoluer en dehors de mon jugement. Mais je me retrouve aujourd’hui dans une position où je dois sans cesse réaffirmer sa création pour ne pas être invisibilisée par des militantes queers qui tiennent des propos haineux tels que « Les TERFS au bûcher »

[TERFS pour « trans-exclusionary radical feminist » soit « féministe qui exclut les trans de sa lutte », ndlr].

Ça n’est pas normal. Ces procédés sont violents et remettent en question la base même du féminisme, c’est-à-dire l’esprit de sororité et de transmission que nous devons maintenir et développer au sein du grand peuple des femmes.

 

 

Esprit de sororité

 

Ça fait quelques années que je suis habituée à recevoir des menaces de mort. A l’époque où j’étais dans les Femen, elles venaient de l’extrême droite et des islamistes. Ce qui m’inquiète, c’est qu’aujourd’hui, elles proviennent des militant·es dites « féministes queers ». Depuis l’arrivée d’Instagram, ce mouvement de pensée s’est largement développé en France et prône un libéralisme dangereux, qui commence même à envahir la sphère universitaire.

 

Ce que j’appelle « libéralisme », c’est le fameux argument du libre arbitre. Une femme serait « libre » de porter le voile, « libre » de se prostituer, « libre » d’échapper à son genre pourtant déterminé par son sexe de naissance. Or, je pense que dans une société où l’on considère que nous sommes des objets sexuels entièrement tendus vers le désir masculin, et où règne la culture du viol, on ne peut pas dire qu’on puisse « choisir » de se prostituer. Pour celles qui l’affirment (c’est-à-dire très peu, puisque la majorité des femmes en situation de prostitution sont victimes d’un système de traite humaine), je pense que c’est en réalité le fruit d’une construction sociale genrée sinon 85% des personnes en situation de prostitution ne seraient pas des femmes et 99% des « clients » ne seraient pas des hommes.

 

J’estime que cette question est extrêmement grave puisqu’elle met en jeu la santé des femmes et la conception globale qu’on se fait de ce qu’est ou de ce que peut être une femme, mérite de pouvoir entendre tous les types d’arguments, y compris les miens. Or, dès que j’ose exprimer mes idées abolitionnistes sur les réseaux sociaux s’ensuit un lynchage en ligne de plus en plus violent. Le cyberharcèlement fait désormais loi, et il se poursuit dans le réel : nombre d’entre nous n’osons plus nous rendre en manifestation par peur d’être agressées.

 

On est entrées dans un nouveau règne loin de l’utopie de la sororité : celui de la terreur. Désormais, si l’on pense que le consentement ne peut pas s’acheter, que le voile est un objet de contrôle sur nos corps ou que les mouvements queers viennent réactiver la permanence des stéréotypes de genre, on se fait lyncher.

 

Tous les jours, je reçois des messages de femmes qui me remercient de continuer à défendre mes idées et de ne pas céder aux intimidations. Elles me disent qu’elles ont peur de faire pareil. Qu’elles ont même peur de partager ou de liker mes posts. Hier encore, une survivante de la prostitution m’a envoyé un témoignage édifiant dont voici un extrait :

« En tant qu’abolitionniste, je ne me sens plus en sécurité pour manifester. Une de mes connaissances a été agressée pour ce type de position en plein cortège en mars. Hier, à la Pride, j’ai ressenti la même chose. Finalement c’est comme si je n’avais plus de place nulle part. Invisibilisée en tant que femme, en tant que bisexuelle et en tant que victime. Toutes ces pancartes « vive les putes » et compagnie, cette banalisation voire promotion du « travail du sexe », c’est justement une violence de plus pour moi. »

 

 

Mécanismes patriarcaux

 

Je reçois aussi des messages de lesbiennes qui me disent qu’elles souffrent d’être accusées de transphobie parce qu’elles ne veulent pas de pénis entre leurs cuisses. Des messages de femmes qui me disent que je les ai fait changer d’avis, et qu’elles n’avaient jamais eu accès aux arguments que je développe avant. Des messages de femmes qui me disent qu’elles ne sont pas d’accord avec moi, mais qu’elles aimeraient pouvoir assister à des débats sains, idées contre idées, sans insultes et sans haine.

 

J’écris pour elles. Pour celles qui pensent comme moi et pour les autres qui sont fatiguées par la violence de certaines féministes d’aujourd’hui. Pour celles, nombreuses, qui abandonnent le combat parce qu’elles n’en peuvent plus de constater que désormais la violence vient de leur « propre camp ». Je voudrais vous dire que vous n’êtes pas seules. Que si vous êtes des centaines à m’écrire, alors vous êtes probablement des milliers en vérité. Que vous n’avez pas à culpabiliser de ne pas vous exprimer : nos vies sont déjà suffisamment structurées par la peur, inutile de rajouter de nouveaux traumatismes que vous n’êtes pas prêtes à encaisser.

 

J’écris aussi pour celles qui considèrent que c’est un débat de niche : bientôt ça ne le sera plus. Je vous le dis, je l’observe depuis environ deux ans, le milieu féministe en France et ailleurs est en train de devenir violent sous couvert d’inclusivité. Il est en train de se faire gangrener par des mécanismes patriarcaux et virilistes. Que nous ne soyons pas d’accord sur tout c’est une chose, mais que nous reproduisions dans nos sphères militantes les mêmes mécanismes que ceux que nous dénonçons est un non-sens complet qui finira par nous détruire. La lutte contre les violences conjugales et les féminicides ne le supportera pas. Ce texte est une sonnette d’alarme.

Voir aussi de Jordi Vidal :

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

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26 juillet 2020 7 26 /07 /juillet /2020 14:18

 

Quand on a demandé à Winston Churchill de couper dans le budget des arts pour l’effort de guerre, il a répondu : "Alors pourquoi nous battons-nous ?"

"L'Étrange Défaite". https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89trange_D%C3%A9faite Témoignage écrit en 1940 est un témoignage sur la bataille de France écrit en 1940 par Marc Bloch, officier et historien, qui a participé aux deux guerres mondiales. Dans ce livre, il ne raconte pas ses souvenirs personnels mais s'efforce, en témoin objectif, de comprendre les raisons de la défaite française lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Rédigé sur le moment, L'Étrange Défaite a marqué les esprits dès sa parution par la pertinence des constats qui y sont faits"

Il en va de même pour la culture à Perpignan, face à son poisson pilote la mondanité: la culture n'est plus qu'un prétexte à sa fête (sa défaite) la mondanité. Les mondains ne célèbrent la culture que pour mieux l’enterrer: l'étouffer de leur tendresse .

C'est que dans la culture, il y a quelque-chose d'âpre, de difficile au début: c'est comme apprendre à nager!

C'est avant tout un travail sur soi dans la confrontation aux techniques pour créer une œuvre, ou la comprendre, mais, c'est ce travail qui nous transforme et nous rend meilleur.C'est le chemin de l’œuvre ou vers l’œuvre, qui nous modifie! Mais les mauvais compagnons de la culture ont voulu voler ses secrets sans vouloir faire ce travail sur eux-même et ainsi l'ont tué! Désormais,la mondanité est à la culture, ce que le canada dry est à l'alcool !

En matière de culture et de sa révélation, il y a toujours  les 3 stades: Jésus, ses apôtres et l'église. Et se sont toujours les ayants droit qui sont les plus exigeants en matière de rétributions! 

Pour revenir à Perpignan, ceux qui ont pignon sur rue, sont plus, les commentateurs, que les créateurs, les grands commandeurs sur catalogues de spectacles que ses acteurs . Avec la complicité d'une presse qui ni entend pas plus en culture qu'en politique, (le syndrome du limonadier, converti en journaliste) on maintient la confusion dans l'esprit des braves gens que cela intéresse encore...

Il y a aussi que lorsque la culture va, le BTP va ...

On met souvent au crédit de la culture, la construction de bâtiments en son nom. Des bâtiments dont les coûts épuisent la possibilité d'investir dans le contenant culturel.En matière de culture, il vaut mieux être maçon que comédien, musicien ou peintre (à moins que ce soit en bâtiment)

A Perpignan la dernière élection a mis fin à des décennies d'ancien régime, mais dans la composition du nouveau , il y a déjà les traces du "beau comme l'ancien"

Comme une nouvelle saveur qui aurait l'arrière goût de tradition locale!

 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 18:47

J’en reviens pas, t’as vu ce qu’il s’est passé à Perpignan la semaine dernière. Louis Aliot a été élu maire de la ville. Putain de ville de fachos, je te gazerai tout ça moi ! Dingue, les nazis sont au pouvoir en France, dans une ville ! Moi, ça me révolte, va falloir faire front commun et comprendre un peu ce qui se passe dans la tête des gens. Merde, j’avait tout misé sur le parti de notre Dieu-qui-guérit, sur Romain Grau. Le pauvre, il a été trahi par les siens ou plutôt, le pervers Aliot avait ses agents au sein de la liste de Romain qui ont faitun travail de sape. En fait, je te le dis à toi, mais Aliot est manipulé depuis l’étranger, je peux pas te dire encore par qui, parce sinon, je serai en danger de mort !

 

Franchement, moi, ça me desespère, la France part mal. Tu vois, il y a les gilets jaunes, les syndicats pas d’accord sur la réforme des retraites qui est tout bénéf pour tout le monde. Je crois que je vais partir, mais je peux même pas aller aux States, avec le facho Trump. Sûr, il va venir passer des vacances à Perpignan celui-là. Et puis franchement, tu veux que je te dise. Je suis persuadé que la gauche a fait exprès de laisser passer Aliot, ils n’ont pas joué le jeu. En plus, le bilan du sortant, Pujol, il était pas si mal, c’était tranquillou. Tu peux quand même pas lui reprocher la situation économique du département, digne d’un pays du Tiers-Monde, il est pas tout seul, c’est une ville, pas une PME, faut pas tout confondre !

 

Quand tu viendras à Perpignan, ça sera ça : https://www.youtube.com/watch?v=Rxzl7utj0j4

 

Non, il s’est passé quelque chose dans la tête des gens, ils se montent le bourrichon avec l’insécurité, les points de deal et tout ça. Les points de deal, tu vois, les mecs comme moi qui bossent dans la finance et qui sont sous pression 7 jours sur 7 et 24h/24h, eh bien, on en a besoins et c’est du gagnant-gagnant. Ils nous aident, nous les aidons. Merde, les gens à Perpignan sont pas cools. Putain, ils ont voté pour des nazis, les gros réacs. Heureusement, à Paname, l’air est plus sain, pas vicié comme à Perpignan ! Putain, les gogols de Perpignan, faut suivre la voie que vous montre Paname, sinon, les mecs, vous allez rester longtemps encore hors jeu, hors de la mondialisation.

 

Franchement, j’ai peur pour mon pays. Heureusement, notre Dieu-qui-guérit a nommé un illustre catalan comme Premier ministre. Le mec, il va dépoter, il va assurer et nous n’entendrons bientôt plus parler du RN ou des gilets jaunes, tu vas voir.

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:11
Perpignan / L Aliot nouveau maire: le nommé centre d'art Walter Benjamin ! par Nicolas Caudeville et Jordi Vidal

Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.

Douglas MacArthur

L'élection du RN sans étiquette Louis Aliot à la mairie de Perpignan
dimanche dernier génère encore des répliques : dès avant, dès le
début, et peut être même jusqu'à la fin, on lui a supposé, on lui
suppose, on lui supposera des intentions maléfiques (jamais
dédiabolisé) pour tout et spécifiquement pour la culture. Peu de gens
se sont manifestés lorsque le maire républicain Jean-Marc Pujol a fait
fermer l'école des beaux-arts qui avait prés de 100 ans
http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/08/perpignan-si-le-fn-voulait-fermer-l-ecole-des-beaux-arts-vous-auriez-hurle-par-nicolas-caudeville.html.
Silencieux encore lorsque le même Jean-Marc Pujol fit fermer le centre
d'art Walter Benjamin créé par Jordi Vidal alors directeur de la
culture de la ville de Perpignan (centre inaugurée le 12 octobre 2013
voir vidéo plus bas). Et Aliot maire veut rouvrir l'école des beaux
arts et le centre Walter Benjamin. De beaux esprits vivant loin dans
les Albéres à 2 pas du chemin où Walter est mort, se sont émus qu'un
maire issu de Satan, puisse rouvrir ce lieu dont il semble que ces
personnes soient les ayants droit du philosophe avec exclusive, et
qu'ils s'arrogent le droit de distribuer dignités et les indignités
quant au droit de passage sur les chemins de Walter Benjamin. Le tout
s'est coagulé dans une pétition reprise par Médiapart, et à laquelle
se sont ajoutées des indignations d'intellectuels parisiens
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030720/si-l-ennemi-triomphe-meme-les-morts-ne-seront-pas-en-surete

«Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté…»
Rien que ça, parce que Louis Aliot Satan l'habite!
Avant de s'emballer sur la légitimité ou pas de ré-ouvrir le centre
d'art (parce que :"« Il est urgent d’arracher le nom de Walter
Benjamin – pour le mettre en sûreté – des mains de l’extrême droite et
de tous ceux qui réécrivent l’histoire »), il faut revenir aux
origines du centre et à la pensée stratégique de son créateur qui a
prévalu pour son érection...un texte

 
 

 

de la survie des beaux-arts au centre d’art contemporain Walter benjamin

Par Jordi vidal

Il m’a toujours semblé, pour répondre à une offensive ennemie, que la meilleure des stratégies ne découlait pas seulement de l’analyse des positions, des forces en présence et de l’action prévisible qui en découlait, mais dépendait, aussi, d’une prise en compte d’éléments extérieurs, même si ces éléments pouvaient sembler irrationnels et sans lien direct avec les conditions réelles du conflit. C’est en ne réduisant pas l’offensive aux seules conditions qui nous sont imposées (ou que nous nous imposons sans en avoir conscience), que nous pouvons, sinon l’éviter, du moins la contourner. Dans tout conflit, il faut refuser que la riposte soit circonscrite aux positions respectives des adversaires ; s’imposer de telles limites équivaut à se placer soi-même en situation d’échec. La riposte doit contenir une proposition, une zone de repli, une feinte, un leurre, un contournement qui échappe aux conditions initiales du conflit.  

Perpignan 2010 à 2014

En 2010, l’école d’art de Perpignan, la heart survivait avec son second cycle : une vingtaine d’étudiants sur deux ans ; s’en tenir à ce constat pour déterminer les conditions de l’affrontement futur, c’était légitimer une décision déjà prise par la Ville et la drac (Direction Régionale des Affaires culturelles: la fermeture de l’école. Il s’agissait bien moins de réfuter une telle l’hypothèse, que de l’ignorer. Comment aurions-nous pu nous soumettre à une telle décision, puisque pour nous, selon notre conception tactique, elle n’avait même pas été envisagée ? Notre riposte devait donc être dirigée vers l’extérieur et non vers l’intérieur : le théâtre des opérations devait quitter Perpignan, du moins pour un temps. Il me fallait impérativement obtenir le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication à Paris ; Ministère que je n’ai jamais confondu avec la drac. Un effet pervers de la décentralisation a été de « délocaliser » en strates régionales innombrables les attributs du pouvoir parisien, et bien plus les incompétences que les moyens financiers. Si certains conseillers de la drac Languedoc-Roussillon sont remarquables — je songe ici à Florence Caudrelier et Jean-Pierre Bezombes — rien ne nous dit qu’il en sera de même de leurs successeurs, ni même qu’ils auront des successeurs. À la culture comme ailleurs, il n’existe plus de continuité du service public. Lorsque l’ancien conseiller aux arts plastiques (en charge des écoles d’art), Jean-Christophe Royoux, a quitté le Languedoc-Roussillon pour la région Centre, si Catherine Dumon lui a succédé après avoir été sous ses ordres, est-ce sa faute à elle ? N’est-ce pas plutôt celle d’un système ? Le relevé de sa subordination à la seule sphère d’influence montpelliéraine reflète, celui bien plus tragique, de son Ministère de tutelle aux seules normes du Marché.

Pour impliquer plus directement le Ministère au sein de la heart, pour qu’il ne puisse rien ignorer des conditions qui nous sont faites, je décide de répondre à son appel à candidatures pour des projets de recherche. Celui que je rédige met en perspective le cern de Genève (boson de Higgs), Gabriele Veneziano (théorie des cordes), l’artiste contemporain Gianni Motti, les philosophes Walter Benjamin et Søren Kierkegaard, la critique de l’expertise et la pataphysique. (1) Pour l’année 2011, sur les cinquante huit écoles supérieures d’art françaises, quatre projets sont retenus, dont le mien que la heart va pouvoir développer sur trois ans.

–––––––––––––––––––––––––

(1) Mon projet s’intitule : « étant donnés... le temps, l’histoire et la mémoire, la physique des particules, les flux informatifs, les images dialectiques... » Il porte comme sous-titre : « Mise en place d’un dispositif expérimental basé sur le hors-champ (relevant du style documentaire), l’aléatoire (relevant de l’imaginaire poétique), l’expérimentation (relevant de l’art), la mise en perspective critique et théorique (relevant d’une approche transversale de la recherche, au sens très précis de la bibliothèque de Aby Warburg) ».  Titre et sous titre sont complétés par cette énumération : « Soit l’écrivain Thomas Pynchon qui se cache, comme le boson de Higgs. Soit le physicien Ettore Majorana qui a disparu, comme le peuvent certaines particules dans la théorie des cordes. Soit le retour attendu du docteur Faustroll. »

Fin octobre 2013, je rédige et adresse au Ministère mon rapport final. Il est intitulé : « Campagne de 2011 à 2013 (de la heart à la Direction de la Culture de Perpignan) ». On peut y lire : Le compte rendu final sur un projet de recherche peut prendre des formes diverses : lénifiantes, attendues ou surprenantes. Il arrive, le plus souvent, que la conclusion soit dans la simple continuité de l’énoncé du projet ; il arrive quelquefois que des résultats singuliers et imprévus soient atteints ; il arrive, bien plus rarement, qu’un projet de recherche change radicalement les conditions de vie de ses participants et en vienne à modifier les conditions existantes dans lesquelles s’est développé ce projet. On peut dire du projet de recherche Étant donnés… qu’il a changé la heart et qu’il commence à modifier la ville même de Perpignan.

À partir d’une situation de repli et d’une école d’art que la plupart des observateurs considéraient déjà comme « un cadavre » (conséquence d’une logique économique dont nous pouvons tous mesurer les effets dévastateurs), nous sommes parvenus à sauver une nouvelle fois l’école et à mener une contre-offensive qui commence à modifier le rapport de l’art et de la culture à Perpignan.

« Nous n’avions en notre faveur aucun avantage stratégique, sinon un nouvel état d’esprit qui s’est développé par la suite de manière tactique. En bref, nous n’avions plus rien à perdre et nous n’avions plus peur. Carl Von Clausewitz note : « Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s’y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l’incertitude. Les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l’action flottent dans le brouillard d’une incertitude plus ou moins épaisse. C’est donc dans ce domaine plus qu’en tout autre qu’une intelligence fine et pénétrante est requise, pour discerner la vérité à la seule mesure de son jugement. »

Il s’agissait donc, de manière collective et volontariste, de faire un pari positif sur l’avenir, au moment même où tous les instruments de communication nous certifiaient que demain serait pire qu’aujourd’hui. Pour moi, si un autre monde est possible, c’est en s’opposant à deux types d’idéologies : celle qui ne pense qu’au seul profit issu de la spéculation financière, et celle des idéologues de la décroissance qui valide la victoire de l’hypercapitalisme en organisant le renoncement à toute richesse, serait-elle une richesse non-marchande. Il m’a toujours semblé que la production de biens, de services, d’habitats devait s’accompagner d’un supplément d’art et d’une nouvelle formulation de la dépense somptuaire : un au-delà du seul profit au nom d’une création artistique appliquée à tous les domaines de la vie quotidienne, aujourd’hui colonisée par les marchandises et les dispositifs médiatiques et politiques de déréalisation.

Avec Étant donnés… nous avions fait le pari de l’incertitude, de l’entropie, de la physique quantique, de la pataphysique et de la critique acerbe de l’expertise. Nous entendions redéfinir les termes de la recherche appliqués aux écoles d’art, dans ce qui rattache celles-ci à l’enseignement supérieur. Ceci explique en partie le croisement improbable, mais riche de sens, de Gianni Motti et de la théorie des cordes ; de Thomas Pynchon et Walter Benjamin ; de Ettore Majorana et Aby Warburg.

Quand le projet de recherche fut rédigé, l’école de Perpignan était menacée une nouvelle fois. Il nous fallait donc réagir très vite. Nous l’avons fait en organisant notre contre-attaque sur deux fronts. D’abord, en rédigeant avec l’Université de Perpignan, en la personne de Francesca Caruana, un projet de Master conjoint qui devait répondre aux singuliers critères de l’aeres ; ensuite, en envoyant au Ministère de la Culture et de la Communication le projet de recherche Étant donnés… qui, de manière très contradictoire et dialectique, était pensé comme une critique de la doxa de l’aeres ; tout en conservant une vraie cohérence, une rigueur et un système référentiel, il répondait bien moins aux directives de l’Université issue des accords de Bologne, qu’aux attentes et aux aspirations de l’enseignement artistique expérimental dans les écoles supérieures d’art.

Avec notre vingtaine d’étudiants, selon l’expression consacrée, la messe semblait dite. Nous avons reçu, à l’inverse de tous les mauvais pronostics, une notation A par l’aeres : nous sommes parvenus à convaincre les experts de l’agence, que le rond que nous leur montrions était bien le carré qu’ils attendaient et croyaient voir. (1)

Le premier résultat de la validation par l’aeres — sur laquelle nous avons massivement communiqué — a été de négocier auprès de la municipalité le retour d’une première année. Nous l’avons obtenu. Placer son pied pour empêcher la porte de se refermer est un exercice dont il convient de savoir mesurer la portée… Par la suite, pour obtenir l’accord du Maire sur le retour d’une seconde année, nous nous sommes engagés à sortir l’école de ses murs et à développer sur toute la Ville des actions artistiques et culturelles à « forte résonance médiatique » (2)

–––––––––––––––––––––––––

(1) Malheureusement, parce que la puissance bureaucratique se renouvelle sans cesse quelles que soient les circonstances, le cneser (Conseil National de l’Enseignement Supérieur Et de la Recherche) refusera la mise en œuvre de notre master conjoint, au motif qu’un master universitaire n’est pas comparable à un diplôme au grade de master. Cette argutie juridique spécieuse et corporatiste nous empêchera de mettre en pratique cette validation : ce ne serait plus le cas aujourd’hui. Comme quoi, là comme ailleurs, dans nos sociétés frileuses et sans imagination, c’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt. Yourcenar

(2) Nous avons organisé une série d’expositions de grande ampleur : À la recherche de l’Anti-Motti (sur deux cent cinquante mètres carrés au sein du Musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud), Principes d’incertitude (sur mille cinq cents mètres carrés au Couvent des Minimes), Un monde invérifiable (sur mille cinq cents mètres carrés, toujours au Couvent des Minimes), Entropia1 métamorphose(s) (sur deux mille trois cents mètres carrés entre le Couvent des Minimes et le nouveau Centre d’art contemporain Walter Benjamin). Nous prévoyons début 2014 une exposition Walter Benjamin : l’Ange de l’histoire qui se déroulera au Centre d’art contemporain Walter Benjamin.

Il était convenu qu’à Perpignan l’art contemporain n’aurait jamais de public. Nous avons contredit cette contre-vérité. Nos vernissages ont atteint les mille visiteurs et toujours dépassé les cinq cents. Ce qui ne s’était jamais vu à Perpignan en dehors du festival de photojournalisme Visa pour l’image.

Si le projet de recherche Étant donnés… était parvenu à quitter les limites de l’école pour se répandre sur la Ville et rencontrait un vrai succès public, il nous semblait que nous pouvions espérer, en retour, que la heart recouvre les cinq années de son cursus. C’est dans ce contexte de reconquête d’un territoire perdu que Maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, m’a contacté en juin 2012 pour me proposer la Direction de la Culture de la Ville. Je lui ai répondu que je souhaitais, avant de prendre ma décision, rédiger un projet personnel, et qu’il le valide. Ce projet s’organisait autour d’une mise en avant des arts plastiques et d’un redéploiement des compagnies de spectacle vivant installées tout aussi bien en ville que dans le département. Je proposais, par ailleurs, de transformer les huit cents mètres carrés du bâtiment annexe de la heart en un Centre d’art contemporain rattaché à l’école par un système de conventionnement : la municipalité avait prévu de vendre le bâtiment pour y installer des commerces. Par la suite, j’ai proposé que ce Centre d’art contemporain soit dédié à Walter Benjamin. J’expliquais dans mon projet, qu’à partir du redéploiement de l’art et de la culture dans un centre-ville totalement déshérité il était possible de développer, d’un point de vue psychogéographique, de nouvelles unités d’ambiance urbaines qui en modifieraient la sociologie. Le Maire a ratifié mon projet.

Lors d’une entrevue avec le Maire, j’ai insisté sur la nécessité de conforter l’école par le retour d’une troisième année : un premier cycle enfin complet. Le Maire a accepté ma proposition en souhaitant que l’école se limite à ce premier cycle. J’ai pensé qu’en cet instant il était inutile de poursuivre un combat pour le second cycle ; je considérais, qu’adossé à l’école d’art, le développement du Centre d’art contemporain favoriserait rapidement son retour. C’est ce qui s’est passé, encore plus vite que je ne l’imaginais, puisque moins d’un an s’est écoulé entre la décision de créer le Centre d’art contemporain Walter Benjamin et son inauguration le 12 octobre 2013 ; à cette date, la heart de Perpignan venait d’intégrer une quatrième année.

Lors d’une installation de l’école d’art au Muséum d’histoire naturelle, une vidéo montrait un étudiant jetant des bouteilles vides contre un mur où elles se fracassaient. Selon la physique quantique, rien n’empêche que l’une de ces bouteilles ne passe à travers le mur. C’est ce que nous avons fait à Perpignan. Nous sommes passés de l’autre côté.

J’espère avoir démontré par un exemple local, un peu à la manière de Paul‑Louis Courier s’adressant aux puissants depuis sa campagne, qu’il était possible d’obtenir certains résultats, en introduisant dans nos pratiques artistiques et culturelles un peu de stratégie et de culture historique.

Je conclurai ce rapport avec une nouvelle citation de Clausewitz : « C’est certainement un des principes les plus importants et les plus efficaces de la stratégie que de mettre séance tenante à profit un succès de quelque manière qu’on l’ait conquis, autant que les circonstances le permettent, car tous les efforts que l’on fait pendant que l’adversaire est dans cette crise, sont d’une efficacité bien plus grande que dans la suite. » Je pense que la définition de la recherche au sein des écoles supérieures d’art, dans ses rapports contradictoires avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, devrait s’en inspirer. 

Je me trouve dans le bureau de Michel Sitja, directeur de cabinet du Maire. Il aime jouer au chat et à la souris. En souriant, il me déclare : « Walter Benjamin, ce n’est pas bon comme nom pour un Centre d’art contemporain, ce n’est pas bon pour Perpignan. Qu’est-ce qu’il a fait, Walter Benjamin, pour Perpignan, pour le département, à part y mourir ? On aurait dû choisir quelqu’un d’autre, par exemple Pierre Restany. Quelqu’un d’ici, quelqu’un d’important dans l’histoire de l’art. » (Restany, le « théoricien » des « Nouveaux réalistes » est d’Amélie les bains, comme Sitja.) Je réponds : « Benjamin n’a rien fait de spécial pour Perpignan, au sens où tu l’entends, mais il a beaucoup fait pour l’humanité dans son ensemble, et donc aussi pour Perpignan. Nous lui devons de comprendre un peu mieux le XXe siècle. Mais c’est vrai qu’à Perpignan donner le nom de Walter Benjamin à un Centre d’art contemporain suppose de sortir la Ville de la pesanteur du localisme et de la tourner pour une fois vers l’universel. »

Jusqu’au bout la menace va peser sur la présence du nom de Walter Benjamin sur le fronton du Centre d’art. Tous les moyens sont bons pour l’empêcher : on invoque des ayants droits éventuels ; on alerte les services juridiques pour trouver la faille. Quelques heures avant le passage de la délibération au conseil municipal, je ne sais toujours pas si celle-ci ne sera pas retirée de l’ordre du jour, au dernier moment.

 

Lorsque Jean-Marc Pujol, le Maire de Perpignan m’a proposé de prendre en charge la Direction de la culture il m’a rappelé que j’étais parvenu à le convaincre, dans un climat toujours hostile à l’école d’art, du retour d’une seconde année, contre l’avis de son Directeur de cabinet Michel Sitja et d’un grand nombre d’élus. Il m’explique qu’il m’a trouvé convaincant. Il me parle de son grand-père qui se fiait à ses premières impressions pour juger un homme. Je sais qu’il prépare sa future élection. Il n’a pas été élu Maire, il a succédé à Jean-Paul Alduy qui a démissionné pour prendre la présidence de la Communauté d’agglomération.

Pujol est marqué à droite ; son image se confond avec les associations de Pieds-Noirs. Je représente pour lui la carte d’une ouverture calculée, qu’il envisage sans trop de risques. La liberté qu’il pourra m’octroyer sera compensée par un gain potentiel d’image. A ce moment, il est encore inconnu de la plupart des Perpignanais. Il développera pendant toute la campagne électorale des municipales de 2014 une stratégie de visibilité et de prise de parole systématique. Il sera le seul à parler au nom de la ville, pour que le nom de la ville se confonde avec le sien. Ce sera le début de sa conquête du pouvoir : il prendra la ville et deviendra Président de la Communauté d’agglomération. Les rapports entre Alduy et Pujol rappellent les anecdotes politiques entre certains amis de trente ans.

Après avoir fait sa proposition, Jean-Marc Pujol m’observe et attend. Il m’a parlé de son grand-père, je songe au mien : on n’échappe jamais complètement à ses racines. Il doit se douter des conditions de mon acceptation, et je suppose qu’il a prévu de les accepter. Tout tournera autour de la survie de l’École des Beaux-arts. Je souhaite que ma décision soit appuyée par un texte irréfutable. Je lui propose donc de rédiger un projet, très rapidement, et de lui soumettre. Sa réponse conditionnera la mienne. Je le rédige et lui soumet ; il valide mon projet : « Art et cultures en mouvement » ; j’accepte de prendre en charge la Direction de la culture. L’école des Beaux-arts est temporairement sauvée, je mettrai en pratique mon projet pendant les deux années que va durer mon action.

Lors de la discussion, je remarque l’intérêt que Pujol porte, tout comme moi, à la stratégie militaire. Nous en sommes surpris, l’un et l’autre. Je voyais en lui, au mieux un avocat fiscaliste, au pire un comptable, mais certainement pas quelqu’un qui s’intéresserait à l’histoire du côté de la pensée stratégique. Il me voyait dans la posture du libertaire hostile par principe à toute forme de référence militaire. Nous citons quelques auteurs communs ; Clausewitz et Thucydide sont convoqués, puis la discussion s’achève sur les campagnes de MacArthur. A cette première rencontre, il m’apparaît évident que le personnage est plus complexe et opaque qu’il ne semble. La suite de sa campagne justifiera ce sentiment. Il organisera sa liste, certains noms surprendront puis inquiéteront ; d’autres, séduits par de vaines promesses devront vite déchanter et se contenter des restes. Enfin élu, Pujol confirmera tout aussi bien la nouvelle génération des prétendants que ses ambitions jusqu’ici freinées. Le temps de dissimuler est passé. Son choix pour la culture ne me convient plus, et n’étant pas quelqu’un qui reste pour la place, je démissionne le 17 juillet 2014.

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 13:34

13 / Les nouvelles formes de la Guerre

Le langage de l’hypercapitalisme est celui de l’économie, et comme tel, c’est un langage de guerre. Le seul qui lui permette d’asseoir le pouvoir de ses féodalités mafieuses et d’assurer son extension planétaire. À l’image de son modèle féodal, le développement de l’hypercapitalisme exige donc d’envahir, de dévaster, de conquérir et de vassaliser.

La subordination de toute activité économique à une activité guerrière transforme toute économie de paix en économie de guerre. De même que le droit à une libre colonisation marchande attise tous les conflits guerriers, l’appel permanent à la violence et à la conquête nous confirme que l’intégrisme marchand n’a rien à envier à l’intégrisme religieux.

Puisque la guerre est un état d’exception qui légalise le crime, le développement d’une économie de guerre justifie la transformation de l’état de droit en état d’exception. Un tel état d’exception se substitue durablement à l’état de droit en transformant tout état de paix en état de guerre permanente.

Bien loin d’un affrontement de civilisations, le retour du fétichisme religieux, comme le transfert du fétichisme de la marchandise en fétichisme de la finance, témoignent de l’effondrement d’un modèle humaniste de civilisation héritier des Lumières qui reposait explicitement sur la raison, la logique, la vérification des faits et la pensée historique. La domination planétaire des barbaries marchandes, spéculatives et religieuses est la conséquence directe de cet effondrement.

De même que les féodalités mafieuses ont besoin de chômage pour entretenir la paix sociale, de peur pour imposer la suppression des avantages sociaux, elles ont besoin de chaos pour légitimer la mise en place d’un état d’exception. Cependant, leur constant recours à des dispositifs chaotiques les rend profondément instables et les rapproche, d’ailleurs, des anciennes sociétés féodales. Cette instabilité structurelle s’observe tout aussi bien dans les accords de libre-échange, que dans les alliances, mésalliances, désunions et conflits guerriers qui répondent aux exigences d’une libre circulation de marchandises solidaires dans leur principe, mais adverses dans leur pratique. Cette instabilité s’observe également dans le développement d’intégrismes religieux, marchands et financiers toujours concurrents et fatalement ennemis. Cette instabilité de nature exponentielle n’a pas de limite, sinon celle que pourrait lui imposer la destruction achevée et définitive de la planète.

Penser de manière raisonnée et globale la tactique guerrière des féodalités mafieuses, c’est ne plus séparer les campagnes militaires du Moyen-Orient des nouvelles formes de la colonisation en Afrique, en Asie, en Amérique Latine et en Europe. C’est ne plus dissocier le développement planétaire du terrorisme islamique et les accords internationaux de libre-échange. Toutes les féodalités militaro-industrielles entendent bien retourner à leur profit les guerres nationalistes et religieuses qu’elles soutiennent et entretiennent, tout comme elles se font fort de liquider les services publics, de privatiser la culture, de détruire l’instruction publique, d’ignorer les mises en garde écologistes et d’écraser les révoltes sociales.

C’est en ces termes que doivent être comprises les guerres qui existent déjà, comme celles qui vont s’étendre en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et en Europe. Elles ne différencient plus leurs ennemis, mais les condamnent tous, indifféremment. En portant les formes étatiques locales à leur effondrement, elles poussent l’idée d’État-nation jusqu’à son retournement.

Pour paraphraser la novlangue contemporaine, la profusion de « plans sociaux » anticipe toujours de futures « campagnes de libération » toujours menées au nom du « droit d’ingérence humanitaire ».

Après avoir produit des Ben-Laden « en série » pour lutter contre « le communisme », les apprentis sorciers du chaos ont modélisé en Irak, puis en Syrie, une opposition « démocratique » inféodée au jihadisme ; ils ont instrumentalisé une renaissance chiite, ouvert la région à l’influence de l’Iran, accordé les pleins pouvoirs à la puissance financière et religieuse de l’Arabie-Saoudite, détruit la Libye, liquidé Khadafi, négocié sans états d’âme avec Ankara, abandonné à nouveau les Kurdes, renforcé la corruption et la barbarie du gouvernement israélien, intensifié l’islamisation de l’Afrique, ouvert la porte au flux incontrôlable des réfugiés et des migrants, déstabilisé toute l’Amérique Latine.

Pour ruiner si durablement la planète tout entière, les nouvelles formes de la guerre ne se réduisent pas au seul spectacle des conflits locaux ; si elles contiennent leur médiatisation spectaculaire, elles ne s’y limitent pas. Leur vrai « théâtre d’opération » englobe la totalité des activités humaines, leurs déterminations et leurs attributs ainsi que leurs finalités et leurs modes opératoires. Cette « globalisation » guerrière reste le plus souvent invisible aux yeux des post-citoyens : si elle les affecte durablement dans leurs non-vies quotidiennes, elle tend nécessairement à être ignorée d’eux. Cette ignorance est elle-même l’un des attributs de cette « globalisation » guerrière.

La gestion de la paix comme un état de guerre fait appel à un nouveau « savoir » qui postule, en s’appropriant la technologie informatique, la confusion du virtuel et du réel. Selon les termes de la post-logique, les armes de destructions massives, qui ont été le prétexte à l’occupation de l’Irak, existent et simultanément n’existent pas. De même que la recherche virtuelle de telles armes a justifié une guerre, l’oubli de leur découverte a justifié l’excellence de l’occupation militaire.

Dans le monde réellement inversé du nouvel ordre féodal, le vrai n’est plus seulement un moment du faux, ils sont dorénavant devenus indifférents l’un à l’autre, et cette séparation achevée vient confirmer la disparition d’une vérité vérifiable.

La guerre moderne qui confond dans une même visée tacticienne les critères de vérité et les mensonges, épaissit « le brouillard de la guerre » dont parlait Clausewitz. Son degré d’abstraction, sa forme nécessairement déréalisée tend à ne considérer les morts que de manière virtuelle. Dans une sur-représentation médiatique, mais nécessairement indifférenciée, la part du crime est devenue de plus en plus obscure, de moins en moins identifiable. Les cibles s’équivalent, se superposent, se confondent, se remplacent ; il en va de même des conflits, qu’ils soient guerriers ou économiques. Cette confusion, ce chaos permanent s’étend aux victimes civiles, aux morts, aux blessés, aux chômeurs comme aux réfugiés. Pour la guerre moderne une telle confusion suppose que le front extérieur se confonde dorénavant avec le front intérieur. Sous sa forme spécifique, la guerre moderne tend à devenir une guerre civile généralisée.

Le 22 mars 2000, Mark Lombardi est retrouvé pendu dans son atelier. Un des tableaux du « suicidé » a retenu l’attention du FBI au lendemain des attentats islamistes du 11 septembre. Sur celui-ci apparaissent les noms des banques et des institutions liant la famille Bush à celle des Ben Laden.

La mort de Mark Lombardi nous informe sur la manière dont la Société du chaos gère toute remise en cause trop documentée sur sa domination.

Une société dans la gestion de laquelle s’est installée durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduite stratégiquement.

Tous les épisodes ici:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

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